Abdelkader Bensalah intronisé chef d’Etat par intérim dans une conjoncture de grande tension et de rejet populaire de tout ce qui symbolise le système, se retrouve d’emblée dans une situation délicate. La mission dont il aura la lourde charge, c’est d’organiser des élections présidentielles dans le but de résorber la situation de crise induite par la démission de Bouteflika qui avait au préalable annulé les élections prévues le 18 avril dernier. Cette mission s’annonce particulièrement ardue d’autant que le scrutin présidentiel est un lourd processus qui requiert non seulement de l’adhésion mais aussi un minimum de calme.
Les garanties pour une élection libre seront aussi un autre sujet à controverses dans une atmosphère de grande défiance et surtout d’un manque flagrant de confiance. Dans son premier discours, Bensalah a annoncé la mise en place d’un organisme chargé de superviser et de contrôler la présidentielle, d’une révision du code électoral et l’engagement des consultations politiques élargies. «Dans le contexte politique actuel, l’accomplissement de cette mission devra prendre en charge l’application des dispositions des articles 7 et 8 de la Constitution, ce à quoi nous sommes tenus de concourir citoyens, classe politique et institutions de l’Etat, afin de réunir les conditions d’un scrutin présidentiel transparent et régulier dont nous serons tous les garants, un scrutin qui permettra à notre peuple d’exercer son choix libre et souverain», dira Bensalah.
En s’installant d’emblée dans une posture d’ouverture, Bensalah voudrait se donner le maximum de chances dans des circonstances particulièrement difficiles. Le rejet populaire dont fait l’objet le président par intérim est tel qu’il est à se demander comment pourrait-il engager ne serait-ce qu’un début de dialogue dans l’objectif de l’organisation du scrutin présidentiel.
« C’est en concertation avec la classe politique et civile citoyenne que je me propose, en priorité et en urgence, de créer une institution nationale collégiale, souveraine dans ses décisions, à laquelle sera dévolue la mission de réunir les conditions nécessaires de préparation et d’organisation d’élections nationales honnêtes et transparentes», dira Bensalah. D’aucuns auront vite relevé que Bensalah n’a pas utilisé le mot «indépendant» concernant un organisme qui sera indéniablement considéré comme le révélateur des véritables intentions des autorités. Bensalah commence d’ailleurs à s’adresser à la classe politique lui demandant de s’investir dans un processus crucial pour l’avenir du pays. «Je veillerai certes à ce que le cadre juridique y afférent soit élaboré et mis en forme dans les meilleurs délais, mais je demanderai à notre classe politique et citoyenne de faire montre d’innovation, de participation et de confiance pour construire ensemble ce nouvel édifice juridique qui ouvrira la voie à la mise en place d’un tout nouveau système politique répondant aux aspirations de notre peuple», dira Bensalah dans son discours. Les partis politiques de l’opposition dans leur écrasante majorité semblent en tout cas pris dans la déferlante du mouvement de contestation populaire qui refuse l’idée même d’une sortie de crise par la voie de l’actuelle Constitution.
Cet appel du Président par intérim aura visiblement du mal à passer dans une conjoncture où la population ne cesse d’affirmer que la transition ne saurait être organisée sous l’égide d’une figure assimilée à l’ère Bouteflika. Le renforcement indirect de l’option Bensalah par le chef d’état-major Gaïd Salah semble avoir ajouté à la désillusion. Ce vendredi Bensalah sera probablement encore une fois fustigé. Ce qui ne ferait que consolider une sensation devenue ordinaire, celle de la perpétuation de l’impasse.n