Le parcours militant des sœurs martyres Fadila et Meriem Saâdane sera le sujet principal d’un nouveau documentaire historique, avec des révélations inédites sur les tortures subies par les femmes algériennes durant le colonialisme dans la ferme Améziane de Constantine, que le public algérien découvrira pour la première fois, a indiqué, à l’APS, la réalisatrice du film Soraya Ammour.
L’œuvre, qui sera présentée au public courant 2019, relatera par la voix de la moudjahida Leïla Sedira (sœur de la martyre Nafissa Belakhal et fille du militant de l’Association des oulémas musulmans algériens, Laâroussi Belakhal), les tortures subies par les femmes algérienne dans ce centre qui dispose de plusieurs unités spécialisées dans la répression de toute action et soutien à la lutte du peuple algérien pour son indépendance.
Ce film documentaire de 1h30, dédié au combat de ces deux héroïnes de la Révolution algérienne, «marquera une halte sur les tortures subies à la ferme Améziane qui fut, avec la villa Susini à Alger, l’un des plus importants centres de tortures aménagés par l’administration coloniale durant la guerre de libération nationale », a souligné la réalisatrice. Fadila Saâdane, qui fut l’une des rares femmes à pouvoir assister aux réunions des chefs de zone de la Wilaya II historique, fut capturée lors d’un affrontement avec des soldats français qui prirent d’assaut la cache clandestine où elle se trouvait en avril 1960 et fut immédiatement transférée au centre de torture de la ferme Améziane, où elle subissait les pires tortures, selon les témoignages qui seront dévoilés dans le cadre de ce documentaire.
Ce travail de recherche et d’investigation, lancé depuis 2016, révèlera des séquences encore méconnues de la vie révolutionnaire de ces deux sœurs chahidate, mortes sur l’autel de la liberté, a ajouté la réalisatrice, précisant que plusieurs moudjahidine ont contribué par leurs témoignages à la réalisation de ce film documentaire.
Fadila Saâdane a adhéré au militantisme nationaliste avant même le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, au sein du Parti du peuple algérien (PPA). Née le 10 avril 1938, c’est à partir de l’âge de 16 ans qu’elle se mettra à militer dans l’Association de la jeunesse estudiantine musulmane de Constantine qui était une branche du PPA. Fadila deviendra membre du bureau de cette Association. Et lorsque l’Ugema lança l’appel à la grève, le 19 mai 1956, Fadila Saâdane n’hésita pas un instant. Avec d’autres militantes, elle s’occupera des missions de ravitaillement, d’acheminement du matériel et des médicaments vers les maquis de djebel Ouahch. Elle avait aussi la charge de rédiger rapports, tracts et autres. Mais elle voulait participer d’égal à égal au combat. Fadila Saâdane fut repérée et arrêtée avec d’autres militants de la cause nationale et sera incarcérée à la prison du Coudiat vers la fin du mois de novembre 1956. Elle subira les pires atrocités et tortures selon de nombreux témoignages. Libérée fin 1957, elle se rend en 1958 à Clermont-Ferrand en France pour la poursuite de ses études. Son séjour sera mis à profit pour la poursuite de l’action militante au sein de l’émigration. Lors de son exil, sa sœur cadette Meriem, qui avait rejoint les rangs de la Révolution sera arrêtée et torturée à mort. Son corps affreusement mutilé fut jeté, le 22 juin 1958, avec celui de 52 autres militants constantinois, dans une grotte de Djebel Boughareb. A la mort de sa sœur cadette, Fadila retourne en Algérie pour poursuivre le combat armé pour l’indépendance de l’Algérie.
Au centre-ville de Constantine, un lycée, où Fadila elle-même était élève, porte le nom à la mémoire des soeurs martyrs Meriem et Fadila Saâdane, devenues pour la jeunesse un symbole de sacrifice et d’engagement pour la
patrie. n