Le secteur du Btph va très mal. Pour preuve, à la fin mars 2019, ce sont 1 360 entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson avec comme conséquence directe la perte de 125 000 emplois. Les principales causes de cette situation ont été explicitées lors d’un point de presse organisé, hier en son siège à Alger, par l’Association nationale des entrepreneurs algériens (Agea), en marge d’une assemblée générale extraordinaire. Selon Aïdh Moussa, porte-parole de l’Agea, «nous ne cessons depuis trois ans d’alerter les pouvoirs publics sur les entraves que nous rencontrons dans nos activités, sans parler de cette discrimination flagrante dans l’octroi des marchés. Une pratique qui s’est généralisée ces dernières années au point où de grosses entreprises du secteur se voient octroyer des petits marchés alors qu’il aurait été plus logique de les octroyer à des petites entreprises. C’est pour dire que dans notre secteur, le clientélisme est devenu un mode de fonctionnement et, par voie de conséquence, de nombreuses entreprises se retrouvent lourdement pénalisées faute d’un plan de charge qui puisse les maintenir en activité». Pour ce dernier, «c’est comme si les ministères concernés ne veulent plus traiter avec nombre d’entreprises affiliées à notre association». A une question posée par Reporters, rappelant à l’animateur du point de presse que l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait ordonné aux ministères concernés et aux autorités locales, à la fin de l’année 2017, de régler les entreprises détenant des créances qui s’élèvent à des millions de dinars, car datant de trois ans. «Depuis, cette directive n’a pas été appliquée à la lettre, puisque de nombreux walis ont ignoré cette instruction du Premier ministre de l’époque», s’est offusqué Aïdh Moussa. Et de poursuivre dans ce sens : «Les lenteurs dans le paiement ont fini par asphyxier des centaines d’entreprises du BTPH.» Il déplore, également, que «le Code des marchés publics donne, de plus en plus, lieu à des dérives. Au point où les entreprises étrangères raflent tous les marchés. Une préférence que d’aucuns ne sauraient expliquer, partant du fait que de nombreuses entreprises locales sont en mesure, par leur expérience et leur compétence dans le métier, de rivaliser largement avec les entreprises étrangères». «Nous demandons à ce que le Code des marchés fasse l’objet d’une révision de quelques dispositions afin que les entreprises soient mises sur un pied d’égalité lors de l’octroi des marchés publics», a-t-il suggéré. «De nombreux patrons ont fini par changer d’activité», en raison des entraves rencontrées, signalera notre interlocuteur. Un communiqué de l’Agea a été remis à la presse, contenant les propositions, 14 plus précisément, de l’Association adressées au ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville pour une sortie de crise du secteur du BTPH. On y lit, entre autres, que l’Association suggère de procéder à l’annulation pure et simple de la short list des entreprises pouvant bénéficier des projets via le gré à gré. «Ce qui permettra de revenir au Code des marchés publics avec la préférence de l’attribution de 25% au moins des marchés aux entreprises locales, qu’elles soient publiques ou privées», est-il mentionné. On peut citer également la proposition qui vise la promotion immobilière. Pour ce faire, l’Agea suggère, «afin d’atténuer quelque peu la spéculation dans le marché de la location immobilière, il y a lieu d’encourager l’entreprise nationale à construire des habitations destinées pour 60% à la vente et le reste à la location», est-il expliqué. Dernière proposition phare, la dépénalisation fiscale et parafiscale des entreprises.
Soulignons enfin que le porte-parole a tenu à faire savoir que son association alerte les pouvoirs publics sur la dangerosité de la situation que traversent les entreprises du secteur du Btph. «Eviter aux entreprises l’asphyxie si l’on veut sauver des milliers de postes d’emploi», a lancé le porte-parole de l’Agea. n