Au lendemain de la nomination d’Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat par intérim, de nombreuses marches se sont tenues hier à Alger et dans de nombreuses régions du pays pour exiger le départ du système.

Répondant à l’appel de la Confédération des syndicats algériens, qui a décrété la journée d’hier journée de grève nationale, des milliers de travailleurs se sont rassemblés à Alger, notamment à la place du 1er-Mai, avant d’entamer une marche en direction de la Grande-Poste. Aux côtés des travailleurs, les étudiants, victimes de répressions la veille, sont aussi revenus à la charge. Cependant, malgré le caractère pacifique de la marche, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à user de canons à eau et de bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants qui scandaient «Bensalah dégage» et «le peuple est avec l’Armée pas avec Gaïd». Des interpellations et arrestations de syndicalistes ont même été signalées. C’est le cas du porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) Zoubir Bourouina, qui a été relâché plus tard dans la journée. Même les téléphones ont été confisqués à certains. Réagissant à une éventuelle interdiction des marches durant les jours de la semaine, les manifestants ont appelé, hier, à des marches quotidiennes et cela jusqu’au départ du système. La police, qui a tenté de réprimer la marche, a fini par se retirer face à la pression des manifestants de plus en plus nombreux. Plus tard dans la journée, la capitale était noire de monde, impossible de se frayer un chemin tandis que l’air restait chargé de gaz lacrymogènes.
A Tizi Ouzou, les greffiers et les fonctionnaires de la Cour de justice et des tribunaux ont battu aussi le pavé pour exprimer leur rejet catégorique quant à l’investiture du président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah. Ils ont scandé tout le long du parcours, qui s’est ébranlé de la Cour de justice, traversant le boulevard Larbi Ben-M’Hidi et passant par la grande rue Abane-Ramdane, pour rejoindre la place de l’Olivier, des slogans hostiles à l’égard de Bensalah et du maintien des personnes incarnant le système de Bouteflika. «Système dégage », « les 4B dégagez : Bensalah, Bedoui, Belaïz et Bouchareb » ou « oulach smah » et encore « Algérie libre et indépendante».
A Béchar, des centaines de fonctionnaires, affiliés à la Confédération des syndicats algériens (CSA) ont répondu à l’appel de la grève et ont réalisé un taux de suivi de 70% selon les observateurs. A Boumerdès, l’heure était aussi à la protestation, les nombreux manifestants issus de toutes les couches de la société ont exigé un changement radical du système et dénoncé les manœuvres du pouvoir qui visent à faire perdurer le système en place, en maintenant les hommes du système en place. « C’est le peuple qui doit mener la transition et non les hommes du système, et encore moins Bensalah, Bedoui et Belaïz », criaient les manifestants. Une imposante marche a été initiée par des milliers de citoyens qui ont sillonné la principale artère de la ville en criant haut et fort le rejet de Bensalah comme président d’Etat et le départ de tous les hommes du système. Les manifestants qui ont observé plusieurs haltes ont réclamé le départ du gouvernement Bedoui. Des banderoles sur lesquelles on pouvait lire entre autres «Non à Bensalah», «système dégage», «Bensalah, Bedoui et Belaïz, Yetnahaw Gaâ,», «Le peuple s’engage, le système dégage», «Dégagez tous, le pouvoir au peuple» sont brandies par des manifestants qui revendiquent la souveraineté au peuple. A El Tarf, ce sont les étudiants des trois pôles universitaires qui ont organisé une marche de protestation et de soutien des étudiants réprimés par les forces de sécurité. La marche a été amorcée de la faculté centrale université Chadli-Bendjedid et a sillonné plusieurs artères de la ville du chef-lieu. Les étudiants par groupe scandaient « nous ne voulons pas de Bensalah symbole du régime de l’ex-président de la République ». « Les trois B doivent disparaître de la scène politique ». Il est à signaler que la grève a été largement suivie dans le secteur de l’éducation nationale avec un taux de 95%. Pareil à Oum el Bouaghi où les étudiants de l’université Larbi-Ben Mhidi n’ont pas hésité à fermer l’accès à l’établissement pour exprimer leur refus de Bensalah comme chef de l’Etat pour 90 jours. «La souveraineté par le peuple», «Système dégage», «Transition sans Bensalah», «Non aux 3 B », sont entre autres les slogans exhibés et entonnés par les étudiants de l’université. Même cas de figure dans plusieurs autres régions du pays comme à Bouira, Tlemcen, Mila, Constantine, Ouargla et Oum El Bouaghi, nous ont indiqué nos correspondants. n