La confirmation de Abdelkader Bensalah comme président par intérim pour une durée de 90 jours, durant lesquels il aura pour tâche d’organiser l’élection présidentielle, constitue le début d’une nouvelle étape de la crise et probablement de sa complication. Après avoir attendu jusqu’à l’ultime minute une probable démission du désormais ex-président du Conseil de la Nation, sa confirmation, hier matin, par le Parlement réuni dans ses deux Chambres aura eu l’effet d’une douche froide pour ceux qui espéraient une autre évolution.
L’image de Abdelkader Bensalah à côté d’un autre symbole de l’ancien régime, Muoad Bouchareb en l’occurrence, durant l’exécution de l’hymne national ne manquera pas d’avoir son effet dans l’esprit des Algériens qui espéraient, notamment après le départ de Bouteflika, des éléments concrets de changement. Il reste pour le moins étonnant que les décideurs n’aient pas finalement opté pour une autre figure que Bensalah, une autre personnalité puisée parmi les 140 membres du Conseil de la Nation. L’insistance à garder Bensalah dans ce rôle particulièrement exposé, et ce, durant la phase cruciale de l’organisation de l’élection présidentielle confirmant le retour vers la légalité, pourrait davantage booster le mouvement de contestation. C’est à se demander comment l’opération électorale à venir, qui a besoin d’un minimum d’adhésion populaire, pourrait avoir lieu dans les conditions actuelles marquées par une situation quasi-insurrectionnelle où les Algériens sont dans la rue exigeant des changements et le départ de certains nominativement désignés.
Il ne serait pour ainsi dire pas étonnant que cette option ne puisse aller à son terme tant son refus sur un plan populaire reste irrécusable. Cette situation de fait, qui reste en accord avec la Constitution actuelle, n’en comporte pas moins des limites difficiles à dépasser. Il est évident que l’Armée comme seule institution à garder encore la force de la décision aujourd’hui en Algérie semble toujours tenir à sa position légaliste. L’application stricte du fameux article 102 est bien en marche dans ses moindres détails et ce depuis la démission du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril.

Désapprobation quasi-unanime
Le chef de l’Etat par intérim aura comme délicate mission d’organiser l’élection présidentielle dans un contexte particulièrement difficile. Le mouvement populaire dans sa globalité a vivement exprimé son refus de voir Abdelkader Bensalah représenter cette transition périlleuse. Même les partisans d’une solution par la Constitution attendaient un autre scénario qui aurait pu «faciliter» l’entame d’une transition qui s’annonce déjà délicate.
Un scrutin présidentiel dans les trois prochains mois semble déjà difficile à mettre en place dans la pratique en sachant qu’un certain nombre de préalables sont aujourd’hui indispensables. Une commission indépendante pour la surveillance et le suivi de cette élection devrait par exemple constituer à l’évidence une pierre d’achoppement. Aussi, comment les candidats pourraient-il entamer une campagne électorale alors que le peuple est dans la rue ? Pour l’opinion, Bensalah est bien un symbole du système Bouteflika. Sa désignation pourrait ainsi fortement être assimilée à une énième provocation. Ce qui ne ferait que durcir un mouvement populaire qui se veut, (pour l’heure ?) toujours calme et pacifique.
Les réactions de désapprobation quasi-unanime concernant cette évolution de la crise algérienne augurent déjà d’une complication de la crise. Les prochains jours, dont évidemment ce vendredi, devraient encore une fois constituer le rendez-vous pour jauger l’opinion du peuple. La confirmation de Bensalah comme le nouveau président par intérim semble déjà avoir eu un effet de remobilisation qui ne manquera pas d’être, encore une fois, exprimée dans la rue. Et remettre entre les mains de l’institution militaire une crise qui est loin d’avoir réuni les éléments de sa résorption.