La désignation depuis hier d’Abdelkader Bensalah comme chef de l’Etat par intérim n’a pas été du goût de l’ensemble de la classe politique qui l’a désapprouvée à l’exception des formations politiques de la majorité dont on ne sait point ce qu’il en reste réellement suite au départ de Bouteflika.
Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, a dénoncé ce qu’il a qualifié d’un «troisième coup d’Etat contre la volonté et la souveraineté populaires», rappelant qu’un premier a été opéré en 2008 et un deuxième en 2016.
Pour sa part, Ali Benflis, président de l’avant-garde des libertés, a décrié «l’application intégrale de l’article 102 et la non-prise en compte des articles 7 et 8 de la Constitution». Cette mesure indique clairement que le «basculement s’est opéré dans le sens d’une pérennisation
des résidus d’un régime politique que le peuple algérien a dénoncé et condamné avec une vigueur extrême», a-t-il expliqué, estimant que cette démarche «éloignera le pays dangereusement de la sortie de
crise».
A partir de l’université Abderrahmane-Mira de Béjaïa où elle animait une conférence, la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP) Zoubida Assoul, a exprimé son «rejet catégorique» à la nomination de Bensalah président intérimaire.
Le FFS reproche, pour sa part, au pouvoir de «récidiver en rajoutant de la défiance au mépris», considérant que la désignation d’Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat est un «énième coup de force perpétré contre le peuple et ses aspirations légitimes». Pour le vieux parti de l’opposition, cette décision «démontre la volonté du régime à maintenir l’ordre établi et à reprendre les choses en mains d’une manière violente et répressive». Côté militants des droits de l’Homme et société, même son de désapprobation.

Pour Mokrane Aït Larbi, militant des droits de l’Homme, avec «l’arrivée de Ben Salah au palais d’El-Mouradia, le maintien de Bedoui au Palais du gouvernement et de Belaïz à la tête du Conseil constitutionnel, la contre-révolution entame sa phase pratique». Le système, explique également le défenseur des droits de l’Homme, «résiste par tous les moyens».
Pour Brahim Tazaghart, éditeur et militant de la cause berbère, «la nomination de Bensalah président intérimaire n’est pas la bienvenue». «Ceux qui pensent que le mouvement va s’essouffler se trompent totalement. Ceux qui pensent que tenter de provoquer des divisions au sein du peuple peut briser le mouvement s’égarent», ajoutant que la désignation de Bensalah au poste de chef d’Etat risque de «pousser le peuple à bout et créer une situation de dérive».
Le président de l’association Rassemblement action jeunesse (RAJ) Abdelouahab Fersaoui a, à son tour, reproché au système de continuer à «mépriser le peuple algérien et insulter son intelligence», expliquant que la crise que traverse le pays est de nature politique, et qui implique une solution politique. La nomination du président du Conseil de la Nation est, à ses yeux, «un indice de l’absence de volonté politique chez le pouvoir d’aller vers un changement démocratique revendiqué par le peuple». Pour sa part, le vice-président de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme (LADDH), Saïd Salhi, a pointé du doigt le chef d’état-major, Gaïd salah, pour avoir tourné le dos au peuple, alors qu’il le rassurait dans ses discours que l’institution militaire est avec le peuple. «Gaïd Salah a tourné finalement le dos au peuple», a dénoncé M. Salhi, pour qui le général de corps d’armée «assumera seul les conséquences de ce forcing contre la volonté populaire pour le changement du système».
De l’autre côté de la scène politique, à savoir ceux de la majorité, le ton est à l’approbation. C’est le cas du président de l’ANR, Belkacem Sahli, qui trouve que la désignation de Bensalah ou n’importe quelle autre personne président intérimaire est une «question élémentaire».
«Bensalah a des prérogatives limitées. Il ne peut pas se présenter à l’élection présidentielle. Il ne peut pas organiser ou surveiller les prochaines échéances de la présidentielle et ne peut pas remanier le gouvernement en place», a-t-il justifié. M. Sahli a accusé les parties qui appellent au maintien de la mobilisation populaire de vouloir «exploiter le peuple pour faire pression». Pour sa part, Amar Ghoul, président de TAJ, a insisté sur la «légitimité» de la nomination de Bensalah à la tête de la Présidence, en conformité avec la Constitution du pays.n