Constantine n’en finira pas, apparemment, avec les bidonvilles. Si des dizaines ont été démolis depuis quelques années, d’autres, comme le phénix, sont en train de renaître de leurs cendres.

Et pour cause, on assiste depuis quelques semaines à une multiplication effarante de logements insalubres, que l’on nommait gourbis, sur les terres qui, jadis accueillaient les premiers « bâtisseurs ». New York, El Kahira, Fedj Errih (le bidonville le plus ancien de la ville, bâti dans les années 50 du siècle dernier), Sarkina, El Menia et bien d’autres sont en phase de renaissance.
Il faut dire et souligner les efforts de l’administration locale qui a relogé plus de 18 000 familles issues des bidonvilles. Des relogements aux dépens des habitants de Constantine inscrits sur des listes où il faudra patienter, pour certains, plus de trente ans pour avoir un toit décent. L’exemple édifiant est celui de Achour qui vient de bénéficier d’un F3 sur le site de la nouvelle ville Massinissa. Il avait déposé son dossier pour un logement social en… 1968. Il habitait dans une HLM avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, dans le logis de son… grand-père qui y logeait aussi sa grand-mère. Les aïeuls ayant rejoint leur créateur, il restera avec sa petite famille dans l’appartement parental, mais avec l’épée de Damoclès brandie sans cesse par les héritiers, le partage.
En lui remettant les clés de son logement, le wali Abessamie Saâdoune s’excusera auprès de ammi Achour pour le retard. Le détail qui tue sera l’instant où l’on connaîtra l’âge de l’heureux élu, 74 ans pour Achour et 70 pour sa femme qui l’accompagnait le tenant par la main, car le bénéficiaire septuagénaire est devenu non-voyant. Tout ça pour souligner que le traitement d’un dossier de logement social peut prendre cinquante et un ans, comme le cas de Achour, alors qu’un opportuniste sans aucun ancrage dans la wilaya pourrait être logé dans l’année qui suit son installation sur des terres qui ne lui appartiennent pas.
L’histoire est en train d’être réécrite avec la même trame, car les responsables locaux n’ont pas tenu leurs promesses qui consistaient à détruire tous les logements insalubres et les maisons menaçant ruine, dès l’évacuation de leurs occupants vers des appartements à Ali-Mendjeli, Massinissa, Khroub ou Aïn N’hass. Les surfaces récupérées devaient accueillir des édifices publics et/ou des constructions d’intérêt général, comme des hôpitaux, des crèches ou des administrations.
On reprend
les mêmes et on recommence
Si le site du Bardo a été utilisé avec intelligence, les berges du Rhumel calibrées ayant vu le jour, et transformées en promenades pour joggers et flâneurs, en plus de jardins et de centres de loisirs, tout le reste est resté en l’état. Il y a bien eu quelques démolitions des logements évacués, mais une grande partie est restée intacte. Pis, les gravats n’ont jamais été enlevés. Le résultat a été une prédation sans pareil sur les terrains nus, la nature ayant horreur du vide, et la multiplication d’un commerce qui ferait pâlir d’envie la meilleure des agences immobilières. Les maisons menaçant ruine et les gourbis non détruits ont été mis en vente dès leur évacuation. Le «logement » se négocie entre 10 millions de centimes et… 60 millions pour les maisons d’El Menia, deux niveaux, un jardinet, et une vue superbe sur la vallée de Hamma Bouziane. Le tout avec la promesse que l’Etat, dans sa générosité légendaire envers… les tricheurs, « ne tardera pas à organiser une autre opération de relogement dont vous seriez bénéficiaire ».
Le wali, le chef de daïra et le P/APC de Constantine sont responsables à plus d’un titre de cette situation anachronique et anarchique. Ils avaient promis de démolir toutes les maisons et d’enlever tous les gravats dès l’affectation de leurs locataires vers de nouvelles destinations. Il n’en a rien été et les opérations de relogement sont un véritable couac puisque on revient sans cesse à la case gourbi et celle du relogement des extras wilaya aux dépens des milliers de ammi Achour qui attendent un logement décent depuis des décades.
Pourtant, dans les différentes réunions auxquelles on a assisté, concernant le logement, le wali et ses collaborateurs ont toujours affirmé que le fichier national empêchera toutes les opérations de triche, et que les assiettes foncières récupérées, des milliers d’hectares, ne verront plus de bidonvilles.
Un élu de l’APC nous a certifié que les différentes communes n’ont pas les moyens de mettre à terre tous les logements insalubres, encore moins d’évacuer les gravats et de contrôler s’il y a d’autres personnes qui en profitent. « Le wali nous a promis des aides substantielles dans cette optique, mais on ne voit rien venir. L’essentiel pour lui et pour le chef de daïra est de faire du « chiffre », distribuer un maximum de logements même s’ils ne répondent pas aux normes urbanistiques, et autres, les plus élémentaires. Et même si les bénéficiaires ne sont pas les plus méritants ».
A ce sujet justement, on se rappelle de la phrase de l’ex-wali de Constantine, Tahar Sekrane, au moment de distribuer les logements aux habitants de Fedj Errih, le plus grand bidonville de Constantine : « Aujourd’hui j’ai donné des logements à des habitants de la wilaya de Skikda, et je félicite mon ami, le wali de Skikda pour ça ».
Et les exemples sont légions pour les gourbis de l’avenue de Roumanie avec des « autochtones » de la wilaya de Tébessa, ceux de « New York » de la wilaya de Batna, laissant le travailleur honnête et trop « timide » pour bâtir un gourbi -encore faudrait-il que les barons des bidonvilles le laissent faire, car il faut avoir l’origine des occupants- végéter dans des maisons délabrées de la vieille ville, ou habiter chez un père ou une tante improbable.
Le wali de Constantine, et selon les dernières nouvelles, serait «prêt à intervenir» pour mettre le holà à cette situation ubuesque, promettant de chasser tous les nouveaux «locataires» des terrains qui devaient être dégagés. La population constantinoise attend…n