Par Houria Moula
Abdelkader Bensalah est depuis hier, officiellement chef de l’Etat pour une période de 90 jours. Son accession au pouvoir même en tant qu’intérimaire est cependant contestée. A peine désigné chef de l’Etat, la rue a réagi par son refus de le voir conduire la transition. Les étudiants, qui organisaient des rassemblements et des marches depuis plusieurs semaines déjà, ont exprimé leur colère aussitôt l’investiture terminée. Ils ont accueilli la nouvelle par un «Bensalah dégage !», un cri entendu à Alger, Tizi-Ouzou, Constantine, Oran, M’sila, Chlef et Mostaganem… Selon nos correspondants, des collectifs d’étudiants se sont réunis dans d’autres villes du pays pour scander le même mot d’ordre, signe d’un mauvais départ pour le nouveau chef de l’Etat par intérim, souligné par ailleurs par l’accueil que lui ont réservé hier les différents courants d’opposition dans le pays.
Immédiatement après l’installation de M. Bensalah dans ses nouvelles fonctions, Mohcine Belabbas, président du RCD, a dénoncé «un coup d’Etat contre la volonté et la souveraineté populaire au Palais des nations, 2008, 2016, 2019». Ramdane Taâzibt, député démissionnaire du PT, s’est élevé contre «un détournement flagrant de la révolution populaire», s’interrogeant «comment un Parlement de «la chkara» peut-il désigner un chef de l’Etat ?».
Dans le camp de l’ex-majorité, l’unanimité n’a pas été au rendez-vous non plus. En plein congrès parlementaire pour la désignation du successeur par intérim de l’ex-président de la République, Slimane Saâdaoui, député du FLN, a demandé la parole pour exprimer son opinion, en vain. Le règlement intérieur en pareille circonstance n’autorise ni débat ni intervention. Cela n’a pas empêché ce parlementaire de pousser le symbole de son geste jusqu’à appeler devant la presse «Monsieur Abdelkader Bensalah à faire preuve de sagesse et à démissionner comme l’a revendiqué le peuple algérien».
Pour Ali Benflis, «la manière dont il vient d’être pourvu à la vacance de la présidence de la République ne rapproche pas notre pays de la sortie de crise», bien au contraire, «elle l’en éloigne dangereusement».
L’atmosphère générale dans laquelle Bensalah a accédé au poste de chef de l’Etat pour une période de 90 jours ne lui donne pas l’assurance nécessaire à l’application de la solution constitutionnelle à la crise que vit le pays depuis le début des manifestations populaires, le 22 février. D’ores et déjà, les appels à une nouvelle mobilisation record pour la journée du vendredi 12 avril se multiplient et le slogan «Bensalah dégage» sature déjà les réseaux sociaux, devenu baromètre de la contestation anti-système. Les interpellations de nombreux étudiants et l’usage de la force, hier, par la police sont annonciateurs de crispation, rendant plus étroites les marges de manœuvre déjà limitées du gouvernement Bedoui à gérer les affaires courantes.
Et, plus encore, à préparer la prochaine élection présidentielle prévue par la feuille de route lancée hier après l’accession de M. Bensalah au poste de chef de l’Etat à titre temporaire. Ce à quoi on assiste aujourd’hui est un double rejet, en somme : celui d’une présidence et d’un gouvernement transitionnels. Toute la question est de savoir comment la rue va-t-elle le signifier sur le terrain. Ce vendredi.n