Sauf changement de dernière minute, le Parlement siégeant dans ses deux Chambres (Conseil de la Nation et Assemblée populaire nationale) se réunira, ce matin à
9 heures au Palais des nations (Alger), en vue de prendre acte de la déclaration du Conseil constitutionnel constatant la vacance définitive du poste de président de la République et activer l’application de l’article 102 de la Constitution. Une réunion protocolaire qui va, de fait, porter Abdelkader Bensalah au poste de chef de l’Etat.

Par Houria Moula
Le président du Conseil de la nation, que certaines indiscrétions avaient donné hier pour «démissionnaire», devra donc assumer la charge de chef de l’Etat pendant 90 jours selon l’article 102 de la Constitution. Période durant laquelle il tâchera d’organiser l’élection présidentielle. Mais, la réunion du Parlement qui intervient dans un contexte de crise pour l’Algérie, est un non-événement. Un tel rendez-vous, de surcroît prévu dans la Loi fondamentale du pays, devrait normalement être une étape importante dans la vie de la Nation.
Ce n’est pas le cas. Et c’est parce que le peuple a dit son mot que même la Constitution, à maintes fois transgressée, faut-il le rappeler, n’est presque pas en mesure de s’imposer devant la volonté populaire. Les Algériens ont dit « non » à Bensalah, comme ils ont appelé au départ de Bedoui et son gouvernement ainsi que Tayeb Belaïz du Conseil constitutionnel. Dans le cas de Bensalah, cet homme est un soutien indéfectible du président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika et donc l’un des symboles de ce régime que le peuple veut coûte que coûte dégager. Outre ce rejet, la réunion de ce mardi 9 avril est boycottée par l’ensemble des partis de l’opposition siégeant au Parlement. En plus de la démission des députés de certains partis, comme le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des travailleurs (PT), dans le sillage du mouvement populaire entamé le
22 février, dont les deux directions ont rejeté ce processus de remplacement de Bouteflika par Bensalah, d’autres formations politiques ont exprimé, hier, leur opposition à ce qui semble être une formalité contre la volonté populaire.
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a annoncé avoir décidé de « boycotter» la réunion, estimant que «participer à cette séance revient à confirmer M. Abdelkader Bensalah en tant que chef de l’Etat ». Laquelle « position est contraire aux revendications du peuple, exprimées lors des manifestations populaires », a expliqué le MSP dans un communiqué à l’issue de la réunion de son bureau exécutif. « La démission du Président (Bouteflika, ndlr) est définitive selon les dispositions de la Constitution et la séance du Parlement n’est qu’une formalité selon l’article 102 », soutient le parti d’Abderrezak Makri. Pour sa part, le RCD a déclaré, qu’en convoquant le Parlement, « le pouvoir s’entête dans un formalisme constitutionnel voué à l’impasse ou au coup de force permanent sous l’injonction d’un pouvoir de fait qui veut squatter la volonté populaire et empêcher le nouveau départ tant attendu ». Le parti de Mohcine Belabbas n’avait même pas besoin de déclarer son boycott de la séance, critiquant une volonté d’« imposer une nouvelle tutelle issue du système politique qui a ruiné le pays à un peuple mobilisé dans la rue et à travers tous les secteurs d’activités pour un changement radical du système ». Ceci « n’a pas d’autre nom : c’est le détournement de la volonté du peuple pour lui confisquer une révolution qui a fait l’admiration du monde entier », a-t-il écrit hier.
Ainsi, les partis de l’Alliance présidentielle vont se retrouver seuls pour prendre acte de la vacance définitive du poste de président de la République. Une formalité, puisque même le quorum n’est pas important dans cette séance. D’où les défections auxquelles il faudra s’attendre même au sein des partis de l’Alliance, FLN, RND, MPA et TAJ. La réunion va durer quelques minutes pour adopter le projet de règlement intérieur de la séance, élaboré par la commission parlementaire mixte installée déjà le 4 avril. Cette commission s’est réunie hier et a finalisé ledit projet ainsi que le rapport de vacance qui sera soumis aux parlementaires. A moins que le deuxième homme de l’Etat ne dépose sa démission, rien n’indique que cette séance va signer la fin de la crise politique que vit l’Algérie. Bien au contraire, la réaction de la rue risque d’être plus forte. Le peuple qui ne veut pas de Bensalah pour gérer cette période de transition va sûrement continuer à manifester. Pas seulement les vendredis, car si aujourd’hui le nouveau chef de l’Etat
est confirmé, la rue ne restera pas calme. Les heures à
venir apporteront sans doute des réponses à beaucoup d’interrogations.n