Par El Halloui Tlemçani
A l’invitation de l’IFT, le Dr Houria Chafaï-Salhi, pédopsychiatre, a présenté samedi dernier à la librairie Alili, son livre intitulé « Ce drôle de môme… » (L’enfant autiste) paru aux éditions Koukou – Alger – 2018. Parmi l’assistance, la présence de parents d’enfants autistes, d’éducateurs du centre psychopédagogique pour enfants autistes de Mansourah et des membres de l’Association Autisme Tlemcen (ATT). Ce livre, de lecture accessible à tous, n’est pas qu’un simple et candide plaidoyer pour réhabiliter ces enfants vulnérables, il se veut une contribution au débat actuel autour du diagnostic à affiner, et surtout autour de l’éthique de leur prise en charge. Il s’adresse à leurs parents, même si professionnels et associations peuvent, eux aussi, y trouver un intérêt didactique, lit-on en substance sur la note de l’éditeur. « Ce n’est pas un livre académique, c’est en fait un narratif de mes rencontres avec les parents d’enfants autistes », dira d’emblée l’oratrice. S’agissant de l’épithète « drôle », l’auteure a tenu à expliquer qu’il faudrait le prendre dans le sens « non ordinaire, anormal, insolite » alors que le nom « môme ou gamin », elle les utilisait le plus normalement du monde dans son jargon professionnel. A travers le récit, on voit se dessiner le profil de ces enfants et les difficultés des familles, leur engagement ainsi que les diagnostics. Selon l’auteure qui souligne : « Les parents vont apprendre beaucoup de choses sur les signes d’alerte à détecter, notamment à mieux communiquer avec eux. » En considérant dans ce sillage que « certains troubles ne sont que des moyens de défense à leur angoisse ». La pédopsychiatre indiquera qu’elle a fait ce travail par nostalgie par rapport à son parcours, mais aussi pour rendre hommage à tous ces psychologues, professeurs, psychiatres, à travers la bibliographie citée en annexe dans son ouvrage. Avant de préciser : « C’était, au départ, un sujet de thèse, dont je signale au passage que je n’ai pas trouvé de directeur à cet effet,  en vue d’un plaidoyer en faveur de la pédopsychiatrie, pour sensibiliser sur l’ouverture d’un service spécialisé et la formation de spécialistes dédiés à l’autisme ; j’ai travaillé sur le sujet, je suis arrivé à faire des dossiers, à rassembler des documents grâce aux parents », car, explique-t-elle, « c’était mon crédo, aider ces enfants aux besoins spécifiques qui ont les mêmes besoins que les autres enfants, la seule différence, c’est au niveau du contact ». La pédopsychiatre signale à ce sujet qu’« ils ont peur du contact ; le retrait, c’est un mécanisme de défense par angoisse, la souffrance intervient pour le préserver, leur besoin affectif est d’autant plus fort qu’il est imperceptible ». L’autisme est-il une maladie, un handicap, un trouble, une pathologie, un syndrome, ou une neurodiversité ? s’interroge-t-elle. Dans ce contexte, la spécialiste indiquera qu’il y a actuellement des travaux dans le domaine de la neuroscience par rapport au cerveau et la forme d’intelligence de l’autiste. Qui dit pathologie, dit souffrance ; à ce titre, les enfants autistes sont malades car ils sont en souffrance, d’après son approche. Associer la pathologie à l’anormalité, c’est aller vite en besogne, autrement dit coller au sujet l’étiquette de « fou ». Interrogé par Reporters sur l’aspect étiologique de ce trouble ainsi que la prévalence par rapport au sexe, la pédopsychiatre affirme qu’« on naît avec l’autisme, c’est inné et non acquis », avant d’indiquer que les statistiques (fiables aux USA) donnent le rapport de quatre garçons pour une fille, sans que l’on sache pourquoi. Au titre des méthodes thérapeutiques non conventionnelles, l’on peut citer la delphinothérapie, la balnéothérapie, la musicothérapie, la zoothérapie, la peinture… Quant à l’étymologie, « Autisme » est une traduction du mot Autismus, terme créé par le psychiatre zurichois Eugen Bleuler à partir du grec ancien ,  autós (repli sur soi-même). Lors du débat, plusieurs points seront soulevés par les présents, dont l’étiologie, l’autonomie, les thérapies, la notion de langage, les recettes arnaques sur Internet, les facteurs environnementaux, l’exorcisme, la « roqia », la prise en charge, l’adaptation des méthodes, l’IRM, entre autres… L’auteure Houria Chafaï-Salhi, aujourd’hui à la retraite, a investi, dès 1979, le délaissé asile « Joinville » pour en faire une école de formation de psychiatres dés-aliénistes, un pôle de recherche méditerranéen, et initié sa transformation en CHU. En 1992, elle a créé le premier service pédopsychiatrie avec, en appoint, la fondation de l’association ARPEIJ. A Blida, ces deux structures ont joué un rôle primordial lors de l’assaut du mouvement intégriste contre la République. Elle a exercé comme professeur invitée dans deux universités françaises, d’abord à Toulouse de 1994 à 2000, puis à Brest.n