Le Parlement, siégeant en ses deux Chambres, se réunira, demain au Palais des nations (Club des Pins), en application de l’article 102 de la Constitution. Après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, sous la pression de la rue et de l’institution militaire, puis la constatation de vacance définitive du poste de président de la République par le Conseil constitutionnel, c’est désormais vers le Parlement que tous les regards sont braqués.

Par Houria Moula
Abdelkader Bensalah, président du Sénat, devrait accéder au poste de chef de l’Etat qu’il assurera pendant trois mois durant lesquels il organisera l’élection présidentielle. «En cas de démission ou de décès du président de la République, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit et constate la vacance définitive de la présidence de la République. Il communique immédiatement l’acte de déclaration de vacance définitive au Parlement, qui se réunit de plein droit.
Le président du Conseil de la nation assume la charge de chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle l’élection présidentielle est organisée, sachant que le chef de l’Etat, ainsi désigné, ne peut pas être candidat à la présidence de la République », stipule l’article 102 de la loi fondamentale.
Cette démarche constitutionnelle aurait pu être ordinaire dans un contexte autre que celui où se trouve actuellement l’Algérie. Ce n’est pas le cas. D’abord, parce que les Algériens, qui continuent de sortir dans la rue chaque vendredi par millions, revendiquent le départ du système en entier. Et puis, l’homme qui est appelé à assumer la charge de chef de l’Etat durant la période intérimaire, est rejeté et décrié. Les Algériens ne veulent pas de Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat. Il est l’un des «3B» que les manifestations de vendredi 5 mars ont rejeté. Son intronisation est synonyme aussi du maintien du gouvernement Bedoui, rejeté également par le peuple. Le président du Conseil de la nation, avec le Premier ministre Noureddine Bedoui et le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, sont considérés comme étant des symboles du système en place qui doit partir. Ces trois hommes devaient disparaître avec la démission du président sortant Abdelaziz Bouteflika, qu’ils ont soutenu pendant des années, ne cessent de réclamer les Algériens.

Impasse
C’est dire l’impasse à laquelle le processus de transition est confronté. Entre les revendications du peuple et la démarche constitutionnelle que veut suivre le pouvoir, les intérêts ne se croisent pas. Le peuple cherche un changement radical du système, ce qui nécessite le départ de toutes ces figures qui le représentent, tandis que le pouvoir veut préserver le fonctionnement des institutions et en finir rapidement avec cette crise, pour revenir dans la légalité. Ces deux positions diamétralement opposées, il faut le reconnaître, risquent de mener à des conséquences fâcheuses.
La colère citoyenne ne fera qu’augmenter avec ce qui semble être une provocation envers le peuple et un entêtement à passer outre sa souveraineté. Une souveraineté contenue dans l’article 7 de la Constitution qui stipule que «le peuple est la source de tous les pouvoirs».
La nécessité de l’application de cet article est défendue pourtant par l’institution militaire, outre le 102. Dans le dernier numéro de la revue El Djeich, l’armée déclare être «fidèle au serment qu’elle a fait devant Allah et l’Histoire et d’être le bras protecteur du peuple et de la patrie». «La position de l’ANP face aux développements que connaît le pays demeure immuable dans la mesure où elle s’inscrit constamment dans le cadre de la légalité constitutionnelle et place les intérêts du peuple algérien au-dessus de toute autre considération, en estimant toujours que la solution de crise ne peut être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102», a-t-on écrit dans l’éditorial de la revue.
Article 7
Redonner la parole au peuple passe inéluctablement par une solution politique. A moins que des rebondissements de dernière minute ne viennent changer la donne, avec un probable retrait de Abdelkader Bensalah de son poste, pour permettre l’émergence d’un homme ou d’une femme qui fera consensus au sein de la classe politique, il sera difficile que ce processus de remplacement, intérimaire soit-il, de Bouteflika, puisse se faire sans couac ou aboutir. Même au sein du Parlement, tous les parlementaires de l’opposition, du moins ceux qui siègent encore dans les deux Chambres, ont exprimé leur rejet de la réunion de demain, s’alignant sur la volonté du peuple qui veut un changement radical.
Le parti El Adala, par la voix de son député Lakhdar Benkhallaf, a déclaré, hier, qu’il ne sera pas présent à cette «mascarade», alors que le FFS, qui a déjà retiré ses parlementaires des deux chambres, a dénoncé, dans un communiqué, la convocation des deux Chambres du Parlement «illégitime et impopulaire, pour le mardi 9 avril 2019», par «un pouvoir autiste qui n’entend pas la voix du peuple, dans une vaine tentative de reconduire les responsables du régime, afin de le pérenniser, de le renforcer et de le consolider». Le RCD et le MSP vont se réunir ce matin pour décider.
Les partis de l’Alliance présidentielle vont se retrouver seuls à valider l’option Bensalah et encore ! Puisque, à voir les positions individuelles exprimées par des députés et des sénateurs FLN, RND, TAJ ou MPA, qui soutiennent le peuple, il y a de fortes chances que le Palais des nations soit à moitié plein seulement… Ce sera le résultat d’une réunion contre la volonté populaire !