Par Fayçal Djoudi
La fuite des capitaux et l’évasion fiscale ont atteint des niveaux inégalés et inquiétants, estimés à 160 milliards de dollars ces cinq dernières années, dont 8 milliards de dollars en 2018, a estimé hier M’barek Malek Serraï.
Lors de son passage, hier, au forum d’El Moudjahid, l’expert international en économie s’est montré très virulent sur plusieurs sujets qui font l’objet de la contestation populaire, notamment le transfert illicite de devises, la fuite de capitaux et le détournement de l’argent public, l’ouverture d’enquêtes de corruption et, enfin, le nouveau gouvernement.
Sur les transferts illicites de devises, la fuite des capitaux et le détournement de l’argent public, il affirmera que, depuis cinq ans, «il y a eu énormément de fuites des moyens financiers, soit par le marché parallèle, soit par la surfacturation ou les transferts illicites vers l’étranger», soulignant que «la fuite des capitaux a été de 160 milliards de dollars ces 5 dernières, sans oublier l’évasion fiscale». Poursuivant son intervention, il dira que «des milliards de dollars quittent le pays » chaque année par «des moyens illégaux», et que «ses informations sont basées sur une étude d’un bureau américain, spécialisé dans le suivi de la fuite des capitaux». Il indiquera que «le pays a connu, en 2018, un pic de 8 milliards de dollars transférés hors du pays de manière illégale», avant d’ajouter que «le phénomène de la fuite des capitaux fait rater à l’Algérie des réelles opportunités de développement».
M. Serraï affirme que ces chiffres ne représentent qu’une infime partie du mouvement de fuite de capitaux importants qu’a connus le pays ces dernières années. Contrairement à des idées reçues, ce trafic ne se fait pas uniquement par le canal bancaire.
En fait, le transfert illicite se fait surtout par le biais de surfacturations des importations, notamment d’équipements et de projets d’investissements. Sur ce point, en dépit des multiples interpellations des services de contrôle, les institutions concernées n’ont pas encore mis en place un système de veille efficace sur les prix des produits et services sur les marchés internationaux pour endiguer cette hémorragie. Le transfert illégal des devises est pour une bonne partie effectué hors des circuits bancaires.
Le nouveau gouvernement peine à convaincre
D’autre part, parlant du nouveau gouvernement, il estime qu’il «ne peut pas convaincre notre jeunesse», expliquant que «le nouveau ministre des Finances Mohamed Loukal, qui a dirigé depuis des années une institution autrement plus importante, a eu comme clients tous les gros bonnets d’Algérie, notamment les Kouninef, Haddad et consorts, qui sont aujourd’hui frappés par des enquêtes judiciaires». Donnant un autre exemple, il parlera du nouveau ministre de la Justice, qui, pour lui, «n’est pas connu», donc «on ne sait pas s’il sera en mesure de faire face à la conjoncture actuelle», car «le ministère de la Justice doit être très fort et puissant vu les circonstances actuelles».
En conclusion, il ne pense pas «que cette nouvelle équipe pourra sauver le pays».
L’orateur a tenu à souligner que «le changement radical de système ne peut, en aucun cas, signifier uniquement le départ des hommes au pouvoir. Il est également nécessaire de procéder à une profonde refondation des institutions de l’Etat et à un changement impératif des comportements, réflexes et pratiques de tout un chacun et à tous les niveaux de responsabilités». Selon lui, «le mal est profond et on doit changer walis, P/APC et élus véreux», les accusant de «corrompus et de détournement de l’argent du peuple».
Révision des lois économiques
L’autre problème soulevé par l’expert a trait à l’économie du pays. Selon lui, «on a une économie non diversifiée, ni ouverte de manière transparente à la concurrence loyale.
Les producteurs sont actuellement désorientés», préconisant «la révision de plus de 2 000 lois relatives au commerce extérieur en vue de les actualiser et de les adapter aux développements de la conjoncture économique nationale et internationale». Il a, ainsi, mis en avant la poursuite de la modernisation du système juridique national en vue de l’adapter dans l’objectif de lancer une «dynamique dans le domaine économique et d’améliorer le climat des affaires».n