Une exposition en hommage au parcours artistique du grand maître de la musique diwan Mohammed Bahaz, rassemblant des peintures, des photographies retravaillées et une petite installation reproduisant l’univers du diwan, a été inaugurée samedi à Alger par le plasticien Denis Martinez. Intitulée «Bahaz Khouya Gnaoui Blidi, histoire d’une complicité» cette exposition a été organisée à la galerie d’art Espace d’art contemporain (Espaco) sous la direction du plasticien, écrivain et critique d’art Djaoudat Guessouma. Deux grands banners portant des couplets du diwan souhaitent la bienvenue au visiteur également accueilli par sept grands voiles en tissu aux couleurs du diwan avant de découvrir la première série de portraits de Mohammed Bahaz intitulée «Bahaz Fi Place E’toute» ainsi que de vieilles photographies de l’artiste datées des années 1960 retravaillées par Denis Martinez. Le visiteur découvre par la suite sept grands formats verticaux aux couleurs chatoyantes portant un foisonnement de symboles berbères, de traits et de points, signature connue de Denis Martinez, dans une série intitulée «Tbel», allusion à l’instrument de musique fétiche du mâallem. Cette série renvoie au dévouement de Mohammed Bahaz avec l’inscription «Makhlostchi» (je n’ai pas été payé) qui revient sur chaque toile. Au centre de l’exposition trône une oeuvre baptisée «Ganga Dendoune Tbel» (renvoyant aux différentes appellations du tambour), composée de plusieurs tambours empilés et décorés par l’artiste et d’une pluie de sculptures verticales en bois accrochées au plafond. Denis Martinez propose également les oeuvres «Agitation verticale» (trois grands formats verticaux) et «Bahaz énergie danse» 21 petits formats tous réalisés au charbon de bois sur toile et papier dans une tentative de cerner l’énergie dégagée par le mâallem en mouvement. Un petit boudoir fait de voilages permet au visiteur de s’imprégner de l’univers du diwan avec un fond sonore enregistré par le mâallem. Cette volonté de raconter le parcours de son ami et collaborateur se décline plus clairement dans un récit graphique en papier comportant sur plusieurs mètres le parcours en photos du mâallem Mohammed Bahaz tant dans le diwan rituel que dans les différentes performances animées en extérieur. Agé de 77 ans, Mohamed Bahaz est un des plus anciens praticiens du diwan en Algérie, issu d’une famille du diwan. il a grandi dans cet univers très particulier avant de vouer sa vie entière à la musique. Il a rejoint la troupe du Théâtre national algérien et a participé à plusieurs événements artistiques et à la conception de la bande originale du film «La bataille d’Alger» qui reste une de ses plus grandes fiertés. Depuis une vingtaine d’années Mohammed Bahaz se produit sur scène avec ses enfants et a pris sous son aile une multitude de jeunes groupes de musique diwan. Il est également devenu, avec son ami de longue date Denis Martinez, la coqueluche du festival «Racont’Art». Pour sa part, Denis Martinez a expliqué que ce travail a débuté en 2004 et ne représente qu’»un dixième d’une grande exposition proposée à deux reprises au Musée des arts modernes d’Alger (Mama) sans que le projet ne se concrétise». L’exposition «Bahaz Khouya Gnaoui Blidi» se poursuit jusqu’au 4 mai à la galerie Espaco.
(APS)