Constantine ne sait plus quoi faire de ses souterrains. Edifiés dans les années 1970, ils devaient permettre aux piétons de les emprunter, laissant la chaussée du centre-ville aux voitures. Les années sont passées, les souterrains sont toujours là et les piétons traversent toujours anarchiquement au milieu des voitures, comme cela se faisait il y a plus de trente ans, sauf que ces mêmes piétons sont plus nombreux. Les voitures aussi. Les souterrains construits à coup de milliards n’ont finalement servi à rien, sauf à des centaines de désœuvrés d’y installer des commerces de fortune, proposant aux rares clients qui empruntaient les passages des marchandises de bric et de broc. Il n’y avait dès lors que la pluie ou les gosses chaleurs qui incitaient les piétons à respecter le plan de circulation, humain et automobile. Puis, les commerces ont grandi et les souterrains sont devenus un passage obligé pour faire du shopping, le tout dans une promiscuité et une anarchie indescriptibles. Au début des années 2000, l’APC de Constantine, estampillée RND, procédera à la location d’emplacements dans lesdits souterrains, détournant ces derniers de leur vocation initiale et mettant sur la touche les quelques commerces licites qui ne pouvaient faire le poids face à l’informel… légal.
Les souterrains étaient été si «bourrés» de commerçants improvisés que des incidents commençaient à s’y produire, sous avertissements de la Protection civile et de Sonelgaz. L’incident le plus grave se déroulera en avril 2015, où un incendie se manifestera au niveau des souterrains du haut de la brèche et aura raison de tous les commerces sur place. Heureusement que le sinistre a eu lieu la nuit, les souterrains étant fermés, sinon les dégâts n’auraient pas été que matériels. Fermés depuis, les souterrains étaient promis à une opération de réaménagement lancée depuis plusieurs mois. Une enveloppe de 7,6 milliards a été dégagée pour rouvrir les souterrains et les commerces. On parle d’un délai de18 mois environ, ainsi qu’une « spécialisation » des commerces en activités artisanales. Mais il ne sera pas dit que les propriétaires des commerces soient d’accord pour que leur propriété soit cédée à une autre personne, ni pour ceux qui n’ont pas été transférés à Ali-Mendjeli, qu’ils acceptent la reconversion vers l’artisanat.
Les souterrains qui se trouvent du côté du palais de la culture El Khalifa, « réhabilités » il y a quelques années, offrent un spectacle des plus hideux qui risque de se répéter pour ceux du haut de la brèche. En effet, les quelques commerces qui y font de la résistance, huit en tout, végètent à longueur de journée, les souterrains n’attirant ni clients ni passagers. D’ailleurs, pour les plus hardis qui s’y hasardent, une forte odeur âcre d’urine les obligent à rebrousser chemin. Laissés à l’abandon, les souterrains qui devaient être un signe de civisme des piétons ont été un flop retentissant, même si les policiers de faction avaient tenté, il y a des années, « de conseiller » les piétons à emprunter les souterrains.
Le commun des Constantinois appréhende déjà la livraison des souterrains du haut, réhabilités. « C’est jeter de l’argent par les fenêtres sachant que les pouvoirs publics ne pourront pas empêcher les commerces informels de s’y installer, ni les piétons à les emprunter », nous dira un cadre de l’urbanisme de l’APC de Constantine, celle-là même qui a voté une remise à niveau de souterrains… inutiles !H. B.