La Cinémathèque algérienne n’intéresse pas que les intellectuels et les gens du cinéma et de la cinéphilie en Algérie. Elle s’occupe également le travail de cinéastes et de réalisateurs étrangers. Preuve en est, le dernier documentaire «Mon histoire n’est pas encore écrite», signé par la réalisatrice française Jacqueline Gozland projeté mercredi dernier dans la soirée à l’Institut français d’Alger (IFA) et jeudi au cinéclub Derb de Tlemcen (lire ci-contre).  

Le film, réalisé en 2017, dure une heure et seize minutes. Il se propose de restituer la grande histoire de la Cinémathèque algérienne depuis sa fondation en 1965 jusqu’aux années 1920, une décennie qui fut noire aussi bien pour l’Algérie que pour la Cinémathèque, le cinéma et la culture, en général.  Ce documentaire est réalisé à partir de pièces d’archives de l’époque ainsi que des témoignages de personnalités qui ont joué un rôle dans la fondation ainsi que l’animation du musée algérien de la cinématographie. Jacqueline Gozland, outre les images d’archives, des extraits de films, a fait parler des témoins-clés comme Ahmed Bedjaoui, Lyes Meziani, Farouk Beloufa, Sid-Ahmed Agoumi et Jean Douchet. Certains témoignages ont été recueillis pour une grande partie durant l’année 2015, notamment lors de l’exposition qui a été consacrée aux 50 ans de la Cinémathèque au Mama. Un témoin privilégié, cependant, Jean-Michel Arnold, qui a joué un rôle important aux premiers jours de la création de la Cinémathèque en raison de la relation d’amitié et de coopération qu’il avait avec Mahieddine Moussaoui, considéré comme à l’origine de la création de la Cinémathèque.  Car si Jean-Michel Arnold l’a dirigée entre 1965 et 1970, avant de passer le relais à Ahmed Hocine, autre figure centrale de l’histoire de la Cinémathèque, Mahieddine Moussaoui « était une figure de l’indépendance dont l’obsession était de sauver les films et les photos de la lutte armée, un visionnaire qui voulait créer une sorte d’INA avant l’heure », rapporte Ahmed Bedjaoui dans le documentaire. « Mahieddine Moussaoui était  un vrai génie qui rendait tout possible», ajoute-t-il, avant de dire que «l’institution prend son essor avec Ahmed Hocine ». Elle va alors permettre à une génération de se forger une culture cinématographique, dont elle a été privée pendant longtemps. « Ce lieu a été essentiel dans ma vie de cinéma à la fois comme spectateur et comme réalisateur », confiera également le réalisateur Merzak Allouache. On pourrait regretter de ne pas  voir dans le film de Jacqueline Gozland  l’ancien directeur de la Cinémathèque  Boudjemaâ Karèche qui a joué un grand rôle dans le rayonnement de ce temple du cinéma. Mais l’histoire de la Cinémathèque algérienne n’est pas encore écrite et ses archives non encore totalement exploitées. Notamment celles relatives au passage de grands noms du septième art, comme Joseph Losey, Nicholas Ray, Youcef Chahine, Sembene Ousmane, Med Hondo, Werner Herzog  et bien d’autres. Ainsi qu’aux débats que leurs films ont suscités. Un monde qui a cessé d’être durant la décennie 1990, dira Jacqueline Gozland. Et qui essaie de « renaître de ses cendres». « La question est de savoir si on va au cinéma pour oublier ou pour espérer. En Algérie, tout est à construire et à imaginer. Le cinéma en est un des moyens…», a déclaré à ce sujet Jean Douchet. Avis d’espoir, donc. Pour la petite histoire, Jacqueline Gozland est originaire de Constantine. «J’ai quitté l’Algérie en 1961, j’ai voulu raconter cette histoire, car ce qui m’a plu quand je suis revenue en Algérie, en 1987, c’est de savoir que l’indépendance et la Libération du peuple algérien, avait été accompagnée de la culture du partage, notamment en culture et avec les cinéastes du monde. »