Les manifestants qui se sont en mobilisés hier en masse dans de très nombreuses régions d’Algérie n’ont pas semblé fêter, hier à Alger, la démission de l’ex-chef de l’Etat.

Le départ d’Abdelaziz Bouteflika n’était plus qu’un souvenir pour eux et l’indicateur d’une séquence rapidement close de l’actualité et l’histoire politiques immédiates de l’Algérie.
Hormis quelques slogans anachroniques destinés à rythmer et égayer le mouvement des marcheurs -« nous ne voulons pas d’un 5e mandat » par exemple -, les protestations ont mis à jour leurs revendications et les ont fait monter d’un cran, pour demander que le début de la transition ne se poursuive pas selon le scénario programmé. Ni le gouvernement Bedoui en tant qu’équipe exécutive chargée de la préparation des prochaines élections présidentielles ni le chef du Conseil de la nation (Sénat) comme chef de l’Etat par intérim ne sont, donc, acceptés.
A la place, il y a eu des mots d’ordre appelant l’Armée à aller jusqu’au bout des engagements que son chef d’état-major, le général de corps d’Armée, le général-major Ahmed Gaïd Salah, a formulé dans le communiqué qui a précédé la démission, mardi 2 avril, de l’ancien président de la République : à savoir le respect de la souveraineté populaire. A l’encontre de M. Gaïd Salah, il n’y a pas eu beaucoup de mots d’ordre hostiles. Il n’y a pas non plus d’exclamations susceptibles de l’extraire des cibles de la contestation. Tout s’est passé comme si on a assisté à un début de façonnement d’une nouvelle opinion vis-à-vis du chef de l’état-major de l’ANP : quelques pancartes à son effigie, de nombreuses formules accentuées sur la « fraternisation de l’Armée et du peuple ». Mais beaucoup de demandes entendues et dans les rangs de la foule, appelant à ce qu’il ne cautionne pas un début de transition dont les Algériens ne veulent pas. Désormais, le chef de l’état-major de l’ANP assiste, après le 7e vendredi de contestation massive, hier, à une nouvelle montée de la revendication populaire, qui veut la disparition de la scène nationale de ce qu’elle désigne par le sigle des « 3B » : c’est à-dire Bensalah, Bedoui et Belaïz auquel s’ajoute également un quatrième « B », celui renvoyant au patronyme du chef de l’APN, Bouchareb Mouad. A la place de ces personnalités unanimement rejetées comme des représentants du « système », la revendication populaire insiste sur la mise en place sur la « démission immédiate du gouvernement Bedoui en entier », la « désignation d’une instance présidentielle » constituée de
« personnalités nationales intègres », et « la constitution d’un gouvernement de consensus». La question posée par tous les observateurs est que fera la haute hiérarchie militaire maintenant que la rue a dit son mot sur l’après Bouteflika et refuse un préambule de transformation politique du pays avec des personnalités exécrées, voire suspectées d’être des fossoyeurs des aspirations populaires.
Le choix que devra faire cette hiérarchie n’est pas simple et n’est, donc, pas sans conséquences. Elle doit soit sortir du cadre constitutionnel établi comme le veut la rue, soit le respecter et se retrouver, si la contestation ne faiblit pas, devant un cas de figure qu’elle n’a peut-être pas prévu. Elle doit agir vite car il y va de son image auprès de l’opinion, qui a franchi une nouvelle étape par rapport au système dont elle ne veut plus.