Les autorités saoudiennes ont arrêté huit écrivains et blogueurs, dont deux ressortissants américains, dans une nouvelle campagne de répression dans ce pays allié des Etats-Unis et confronté à de vives critiques sur son bilan en matière de droits humains.

Ces nouvelles arrestations ont été annoncées par des organisations de défense des droits humains vendredi, au lendemain d’un vote au Congrès américain en faveur d’une résolution exhortant le président Donald Trump à arrêter tout soutien à la coalition militaire sous commandement saoudien engagée dans la guerre au Yémen. Il s’agit aussi de la première campagne de répression massive contre des personnalités de la société civile depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando venu de Riyad, une affaire ayant fortement terni l’image du royaume. L’organisation de défense des droits humains ALQST, basée à Londres, a précisé vendredi que les huit personnes arrêtées étaient «des écrivains et des blogueurs engagés dans des échanges publics sur les réformes» dans le royaume ultraconservateur. Parmi elles figurent l’écrivain et médecin Bader al-Ibrahim et le militant Salah al-Haidar, qui ont tous deux la double nationalité américaine et saoudienne. Selon le groupe de défense des droits humains «Prisonniers de conscience», qui suit le sort des prisonniers politiques en Arabie saoudite, dix personnes ont été arrêtées. Ni les autorités saoudiennes ni l’ambassade américaine à Riyad n’ont commenté ces informations dans l’immédiat. «Les autorités saoudiennes semblent à tout prix vouloir faire taire toute personne qui ose parler ou même exprimer ses opinions en privé ou publiquement», a critiqué Samah Hadid, directrice pour le Moyen-Orient d’Amnesty International. «Cela dépasse le fait d’attaquer seulement des militants et semble maintenant cibler différents segments de la société. C’est un schéma très dangereux», a-t-elle alerté.

Pressions
Salah al-Haidar est le fils de Aziza al-Youssef, une militante arrêtée il y a près d’un an lors d’une vaste campagne de répression et libérée provisoirement la semaine dernière aux côtés de deux autres militantes, la blogueuse Eman al-Nafjan et l’universitaire Rokaya al-Mohareb. Leur procès, très suivi, n’est toutefois pas terminé et huit autres militantes sont toujours détenues dans ce cadre. Ces onze femmes sont jugées depuis le 13 mars par une cour pénale à Ryad sur la base d’accusations de contacts avec des médias étrangers, avec des diplomates et avec des organisations de défense des droits humains. Elles ont notamment été accusées de porter atteinte aux intérêts nationaux et d’aider les «ennemis de l’Etat». La plupart d’entre elles ont été arrêtées en mai 2018, un mois à peine avant la levée historique d’une mesure interdisant aux femmes de conduire en Arabie saoudite. Elles avaient notamment milité pour le droit des femmes à conduire ou demandé la levée du système de tutelle, qui oblige les femmes à obtenir la permission d’un parent masculin pour de nombreuses démarches. Certaines des détenues disent avoir été victimes de torture et d’abus sexuels. Le gouvernement saoudien, confronté à de vives critiques internationales sur son bilan en matière de droits humains, nie que les femmes aient été torturées ou qu’elles aient été harcelées sexuellement. Avant leur libération provisoire, les trois femmes et les garants ayant payé leur caution ont été obligés de signer l’engagement de se tenir éloignés de la presse, selon plusieurs personnes ayant assisté au procès. La soeur de Loujain al-Hathloul, l’une des militantes arrêtées, a déclaré cette semaine faire l’objet de pressions de la part de personnes proches du pouvoir saoudien pour garder le silence sur les conditions de leur détention. La prochaine audience du procès est prévue le 17 avril, selon des militants. Les médias étrangers et les diplomates y sont interdits d’accès.

Réactions américaines
Une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite est intervenue en 2015 au Yémen pour aider le gouvernement à stopper la progression des rebelles, qui s’étaient emparés de vastes régions y compris la capitale Sanaa. Le conflit a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde selon l’ONU.
Le Pentagone fournit un «soutien non-combattant» à cette coalition, dont la livraison d’armes et du renseignement.
Depuis fin 2018, les Etats-Unis ont suspendu leurs opérations de ravitaillement en vol de l’aviation saoudienne.
Et jeudi, les sénateurs américains –républicains et démocrates– ont donné le feu vert à une résolution appelant M. Trump à cesser son soutien à cette coalition au Yémen.
Ce rare soutien transversal à ce texte s’explique en grande partie par la profonde colère provoquée au Congrès américain par l’assassinat de Jamal Khashoggi.
La réaction tiède de Donald Trump face au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane –considéré comme «responsable» du meurtre par le Sénat américain– avait indigné jusque dans ses rangs.n