Malgré la démission d’Abdelaziz Bouteflika de son poste de président de la République, les marches populaires qui ont rejeté le cinquième mandat, puis le prolongement du quatrième mandat, ne vont, semble-t-il, pas s’arrêter. Les scènes de liesse et de joie ayant suivi la démission de Bouteflika ont envoyé un message très clair. «Nous avons gagné la bataille, mais pas la guerre», ont commenté des Algériens sortis dans la rue durant la soirée de mardi et, hier, sur les réseaux sociaux.

Même la classe politique,  l’opposition notamment, soutient dans son ensemble que l’on est loin d’en avoir fini avec la contestation. Ce vendredi 5 avril sera l’acte VII du mouvement du 22 février. Un mouvement que l’Algérie n’a jamais connu depuis son indépendance en 1962. La mobilisation populaire pour le départ du système est grandiose et pacifique. Elle promet de rester sur cette voie pour la septième semaine de suite.
Pourquoi les Algériens vont-ils continuer à sortir dans la rue ? Dans les appels à manifester, les demandes de l’application de l’article 7 de la Constitution, qui traite de la souveraineté du peuple, sont fortement évoquées.
Ainsi, le gouvernement de Noureddine Bedoui, nommé par Abdelaziz Bouteflika trois jours avant sa démission, est contesté par l’ensemble de la classe politique. Le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, à qui revient la charge d’assumer l’intérim à la tête de l’Etat après la démission de Bouteflika, est lui aussi rejeté par le peuple.
Même le président du Conseil constitutionnel, à savoir Tayab Belaïz, son départ est réclamé à travers le slogan tant scandé par les Algériens «Yetnahhaw Gaâ» (Ils partiront tous).
Article 7
Ces rejets doivent certainement pousser à trouver un autre plan pour gérer l’étape prochaine, d’autant que l’Armée a jugé que les revendications du peuple sont légitimes et qu’elle sera de son côté jusqu’à leur satisfaction totale. «Nous estimons qu’il n’y a plus lieu de perdre davantage de temps et qu’il faut appliquer immédiatement la solution constitutionnelle proposée, à savoir la mise en application des articles 7, 8 et 102, et entamer le processus garantissant la gestion des affaires de l’Etat dans le cadre de la légitimité constitutionnelle», avait indiqué Gaïd Salah lors de la dernière réunion de l’état-major.
Et d’ajouter : «Aussi notre décision est claire et irrévocable. Nous soutiendrons le peuple jusqu’à ce que ses revendications soient entièrement et totalement satisfaites. Etant un fils du peuple et partant de la responsabilité historique qui m’incombe, je ne pourrai que m’aligner sur ce peuple dont la patience n’a que trop duré et qui a tant souffert des différentes épreuves. Car il est temps qu’il recouvre ses droits constitutionnels légitimes et sa pleine souveraineté.»
Test de vérité
D’où le test de vérité pour le général de corps d’armée qui sera appelé par la rue à tenir ses promesses et à rendre «sa souveraineté» au peuple comme stipulé dans l’article 7 de la Constitution. Mais avec des figures comme Bensalah, Bedoui, Belaïz, rien n’est garanti. Le peuple a revendiqué un changement radical du système, mais pour l’instant, il n’a eu qu’un changement dans le système. Des différentes réactions recensées hier se dégage un consensus sur la nécessité de poursuivre le combat. «La marche vers la deuxième République est irréversible. Nous appelons à maintenir la pression par la mobilisation pacifique et à sortir massivement pour les manifestations de ce vendredi 5 avril 2019 partout en Algérie et réaffirmer la volonté populaire pour le changement démocratique», a écrit un collectif d’une vingtaine d’associations, dont la LADDH, RAJ, SOS Disparus, Djzaïrouna, et
de syndicats (Snapap, Snapest, Satef…), dans un communiqué. Pour le collectif, les évènements de ces derniers jours et la guerre des clans «confirment la poursuite de l’option de la transition clanique au sein même du pouvoir à travers l’application de l’article 102 de la Constitution, qui ne garantit nullement une transition indépendante du système comme l’exigent les marches du peuple depuis le 22 février». Quoi qu’il en soit, la meilleure option pour Gaïd Salah et l’institution militaire de manière générale, est de permettre l’adoption d’une solution politique consensuelle qui émanerait de la volonté populaire et s’en tenir au rôle de garants de la réussite du processus de transition démocratique. Le contraire serait perçu comme une volonté de l’Armée de mener, par elle-même, le processus politique. Ce qui accréditerait les lectures d’un coup d’Etat déguisé.<