Inaugurée en avril 2009, à l’occasion du Panorama du cinéma initié par le ministère de la Culture, la Cinémathèque Moksi de la ville de Sidi Bel Abbès n’a pu, jusque-là, jouir de la mission qui lui est dévolue, entravée par le programme élaboré par le Centre algérien du cinéma et du manque de moyens matériels, révèlera son gérant Djelloul Marka, conseiller culturel nommé en 2010 à la tête de l’établissement. La Cinémathèque compte une salle de projections d’une capacité de 200 places, une autre de conférences, une médiathèque et une salle réservée au cinéclub. Elle a nécessité une enveloppe de 3,500 milliards de centimes pour les constructions et 3 autres milliards de centimes pour son équipement et sa dotation en matériel de projections et emploie en plus du gérant, un directeur de projection, un agent de bureau et trois agents de sécurité. La cinémathèque, qui avait abrité de nombreux événements culturels, entre autre la 9e édition du Festival international culturel annuel du film amazigh et des conférences animées par les grandes stars de la chanson du raï, commence à s’effriter, son plancher à se détacher et le faux plafond risque de tomber et nécessite une prise en considération du ministère de tutelle pour sa réhabilitation. Sollicité pour une entrevue, le gérant de la Cinémathèque Moksi a mis la lumière sur sa réelle situation et les difficultés qui entravent son bon fonctionnement

Reporters : Est-ce que la mise en fonction de la cinémathèque a contribué vraiment au progrès du fait culturel dans la wilaya ?
Djelloul Marka : Pas du tout, bien au contraire, notre cinémathèque meurt à petit feu par manque d’activités et il serait préférable de la fermer.

Pourquoi la cinémathèque, qui a un parcours d’une dizaine d’années, connaît-elle un tel sort et un manque d’engouement du public ?

Il est vrai qu’il existe un désintéressement du public, car ce dernier cherche un nouveau produit imputant la réalité amère au programme élaboré par le Centre algérien de cinématographie, qui propose chaque mois toujours des films anciens et documentaires sur l’histoire de l’Algérie. Du consommé que le spectateur peut regarder via le net ou sur CD. Nous diffusons deux longs-métrages par jour en après-midi, à l’exception du vendredi, ainsi que des après-midi cinématographiques hebdomadaires, exclusivement réservés aux écoliers et rarement durant les vacances. Dans l’objectif d’installer la culture cinématographique parmi les écoliers, il nous arrive de programmer nous-mêmes, durant la période des vacances, des films et dessins animés pour faire aussi plaisir aux collégiens. Le cinéma, un moyen d’instruction et d’éducation qui influait autrefois sur les Algériens, ne distrait plus les jeunes de nos jours.

Quelle valeur attribue-t-on en Algérie au cinéma comme moyen de distraction ?

Un faible intérêt si nous nous référons au programme limité et la programmation restreinte des nouveaux films et même inexistante, alors que les projections de tels films sont réservées aux cinémas de la capitale et d’autres grandes villes du pays. Par contre, nous ne sommes pas autorisés à enrichir notre programme.

La désaffection du public à l’égard des salles de projection cinématographique se répercute sûrement sur leur rendement ?

Oui, certainement, nous parvenons à peine à réaliser une recette mensuelle qui oscille entre 5 000 et 30 000 DA seulement qui se répercutent sur le bon fonctionnement de la cinémathèque.

Comment se fait l’organisation d’événements culturels au musée du cinéma ?
Tout est programmé par le Centre algérien de cinématographie, même les meetings populaires qu’abrite la salle à l’occasion des élections. La cinémathèque Moksi a abrité durant toute l’année un seul film « Hannachi », du réalisateur Boualem Aissat, où étaient invités la presse locale, des cinéastes et des artistes, pour débattre du film. Je reste néanmoins optimiste quant à la désignation d’un nouveau directeur au Centre algérien de cinématographie. Il faut optimiser le programme mensuel et laisser les gérants des salles de cinéma et cinémathèque choisir les offres de films pour sauver la cinémathèque. Les huit salles de cinéma implantées dans le chef-lieu de Sidi Bel Abbès doivent renouer avec l’activité afin de les rentabiliser, car l’Etat débourse des sommes colossales pour leur aménagement.