Située à l’extrémité ouest de l’avenue Houari-Boumédiène, au milieu d’un quartier populaire de Tizi Ouzou, elle perpétue le mythe de cette salle en portant son nom, il s’agit de la salle de l’ex-cinéma Le Mondial. Elle a été réhabilitée par le ministère de la Culture pour un coût de 250 millions de dinars et abrite aujourd’hui la cinémathèque de Tizi Ouzou. Elle a fière allure avec ses deux façades aux grandes baies vitrées qui donnent sur un hall d’entrée qui, en arrière-plan, s’ouvre sur la salle de projection entièrement reconfigurée. L’endroit respire une ambiance plutôt feutrée et agréable. Des murs capitonnés favorisant une bonne acoustique et des sièges (250) couverts de velours rouge. Voilà pour le décor. Côté affluence et fréquentation des séances de projections, on est loin du grand rush de spectateurs comme ce fut le cas, il y a plusieurs années.

Arraché aux convoitises de squatteurs de tout acabit et à l’état d’abandon dans lequel il se trouvait durant une quinzaine d’années de fermeture, Le Mondial a rouvert ses portes en 2012. Date à laquelle cette structure sera intégrée au réseau national des cinémathèques sous tutelle du Centre national de la cinématographie (CAC).
Il était une fois

Le Mondial
Malgré son nouveau décor et sa nouvelle vocation, cette salle où ont été projetés, jadis, tous les films à succès et à l’affiche dans les grandes salles de cinéma du pays, devenue depuis sept ans musée du cinéma, n’est plus que l’ombre de son passé. Ces années, durant lesquelles le septième art affichait une bonne santé et les salles obscures attiraient un public nombreux. De cette époque bénie ne reste, aujourd’hui, que des souvenirs évanescents dans la mémoire des cinéphiles nostalgiques qui se rappellent des bousculades devant les guichets et les portillons donnant accès à cette salle de quartier où se tenaient trois projections par jour, dont une en nocturne. Une ambiance que Mme Attaf, la jeune directrice de la Cinémathèque de Tizi Ouzou voudrait voir imprégner de nouveau les lieux. «Malheureusement, ce n’est plus le cas actuellement», se désole la dame qui tente d’expliquer les raisons qui ont poussé le public à s’éloigner des salles obscures. «Depuis quelques années et pour diverses raisons, les gens ont perdu l’habitude d’aller au cinéma. Les événements tragiques de la décennie noire ont donné le coup de grâce aux habitudes des sorties au cinéma dans notre pays», fait observer cette responsable, qui qualifie de moyenne la fréquentation de la salle. «Le niveau fréquentation dépend de la programmation et de la qualité des films à l’affiche. Les projections qui sont dédiées au cinéma d’auteur et aux œuvres cinématographiques du répertoire mondial, qui sont la vocation de la Cinémathèque, attirent moins les jeunes, qui préfèrent les films à suspense et d’action. Nous enregistrons des pics d’entrées lors des vacances scolaires. Beaucoup de parents accompagnent leurs enfants pour des séances de projections ciblant le jeune public. Nous recevons aussi beaucoup de monde lors des séances de projection suivies de débats. En dehors de ces occasions, l’affluence reste moyenne. Une dizaine de spectateurs par séance/jour», soutient notre interlocutrice. Elle avance le chiffre de 336 projections durant l’année 2018 pour 3 484 entrées payantes. Le ticket d’entrée pour grand public coûte 70 DA. Alors que les étudiants et les enfants payent 50 DA, les séances de projections suivies de débats sont souvent gratuites.

Proximité et partenariat pour booster l’activité
«En revanche, nous accueillons un public assidu et régulier constitué d’amoureux du cinéma. Ce sont des étudiants, des enseignants, des médecins ou des avocats. Une catégorie du public que l’on peut qualifier d’inconditionnel qui continue à venir au cinéma malgré les inconvénients et les aléas liés à la réalité du septième art en Algérie.
Ces spectateurs viennent régulièrement et nous demandent même de programmer certains films qu’ils désirent voir. Certains parmi eux se sont constitués en association dans la perspective de créer un cinéclub», souligne avec enthousiasme notre interlocutrice.
Une perspective qui s’inscrit dans la stratégie visant à booster l’activité du réseau des salles géré par le CAC dont l’approche favorise la proximité et le partenariat.
«Nous essayons de cibler certaines catégories comme les écoliers», dira Mme Attaf, qui rappelle que cette activité s’inscrit dans le cadre d’une convention signée entre le ministère de la Culture et celui de l’Education nationale.  Objectif, «créer le reflexe cinéphile chez les écoliers en les incitant à venir à la Cinémathèque».  Une manière de chercher à réinventer le plaisir des sorties ciné qui prend l’allure d’un défi dans un environnement saturé d’images-vidéos et de films diffusés sur les plateformes numériques comme Netflex et Youtube.

Optimisme pour le développement de l’activité cinématographique
Nabila Goumeziane, la directrice de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, ne cache pas, elle, son optimisme quant à l’avenir du cinéma à Tizi Ouzou. Elle en veut pour preuve, l’intérêt que porte le ministère de la Culture pour le développement du cinéma dans notre pays et, par ricochet, au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou «qui possède un parc de cinéma qui peut nous aider à développer l’activité cinématographique», assure-telle, avant de passer en revue l’infrastructure disponible qui sera mise au service de cette ambition.
«Nous avons la Cinémathèque dotée de moyens humains et techniques qui lui permettent de jouer son rôle de musée du cinéma, la salle Le Djurdjura, dont les travaux de réhabilitation ont atteint 70%, qui sera dotée de moyens techniques de dernière génération qui permettront des projections conformes aux standards du moment.
Avec une capacité d’accueil de 500 places, le Djurdjura abritera des activités et spectacles autres que le cinéma. Il y a aussi la salle de cinéma de Aïn El Hammam qui joue le même rôle. S’agissant des autres salles existant au niveau de communes, un inventaire a été fait et adressé au ministère qui est en train de travailler sur un projet appelé Réseau cinéma qui comporte un volet réhabilitation et programmation.
Pour attirer le public dans les salles, les organismes spécialisés sous tutelle du ministère de la culture (CAC, CADC, CNCA) doivent agir dans le sens d’une programmation attractive, en proposant des films récents. Pour redynamiser l’activité cinématographique, nous travaillons en partenariat avec des associations pour la création de cinéclubs. Toutes les énergies sont les bienvenues pour relancer cette activité et rehausser le cinéma dans notre wilaya qui abrite le Festival de cinéma amazigh dont le rôle est d’apporter une plus-value à la dynamique de développement de l’activité cinématographique adoptée par notre ministère. De concert avec A. Tribèche, le commissaire de ce festival, nous sommes en train de travailler pour la mise en œuvre des recommandations émises par le jury de la dernière édition du FNCFA, dont l’activité doit s’inscrire dans la durée et s’échelonner tout au long de l’année en s’investissant dans la formation au profit des réalisateurs, des acteurs et l’écriture de scénarios».