La Compagnie Ici, Là-bas et Ailleurs a été créée en mars 2008. Elle a pour but l’expression et la création artistiques, la promotion culturelle, notamment dans le théâtre, les arts du spectacle en général et le cinéma. Ses membres portent un intérêt particulier à la poésie contemporaine. Depuis sa création, elle a, entre autres, porté les projets artistiques de Samir Arabi : Des lectures théâtralisées présentées dans différents lieux culturels. Les projets de la Cilba portent principalement sur la littérature, la poésie arabe – avec un intérêt particulier pour l’œuvre de Mahmoud Darwich – et le cinéma. Elle a organisé, du 6 au 15 novembre 2012, avec l’appui de la ville de Toulouse, un hommage à Mahmoud Darwich intitulé «Le Bleu du ciel et le sable de la mémoire». Depuis 2014, l’association organise régulièrement l’événement Ciné-Palestine, dans les pas de cinéastes palestiniens, pour que se nouent des liens entre les créateurs palestiniens invités, le public, les professionnels et les médias. les thèmes diffèrent à chaque occasion : «Rétrospective de l’œuvre d’un cinéaste palestinien : Rashid Masharawi  en 2014, Michel Khleifi en 2015, Hiam Abbass en 2017, Elia Suleiman en 2018, Hani Abu Assad en 2019, «Cinéma d’hier : Patrimoine, le regard des jeunes cinéastes palestiniens», Courts métrages,  «La nuit du jeune cinéma palestinien». L’association fonctionne avec les cotisations de ses membres, elle totalise 57 lectures pour 4 700 spectateurs. Elle est présente dans les lieux culturels toulousains (théâtre du Pavé, Cave poésie René-Gouzenne, le Caméléon, théâtre du Grand Rond, Centre Culturel des Minimes…), présenté une lecture au Festival de jazz d’Uzeste (édition 2009), collaboré avec six comédiens et sept musiciens et réalisé 20 projets, hommages et rencontres cinématographiques.

Reporters : Il y a cinq ans, vous lanciez avec une équipe de bénévoles Ciné-Palestine Toulouse Occitanie, alors que vous étiez plutôt engagés en direction du théâtre, du montage poétique ? Est-ce un choix surtout motivé par la passion du cinéma ou pour des impératifs citoyens ?
Samir Arabi : La réussite en 2012 de l’évènement organisé par Cilba, «Le bleu du ciel et le sable de la mémoire. Mahmoud Darwich, dans les pas d’un poète», a confirmé l’intérêt du public, à Toulouse, pour la culture et la poésie palestiniennes. Cela nous a encouragés à initier une nouvelle aventure et créer un évènement dédié entièrement au cinéma palestinien. Toutefois, notre engagement pour la poésie est toujours là, comme en témoigne l’organisation, fin novembre 2018, en partenariat avec la Cave Poésie René Gouzenne, de l’évènement «Mahmoud Darwich. L’écho de l’absent». Pendant huit jours ont résonné dans la ville Rose les mots du poète palestinien. Un temps fort avec de la musique, du chant, du cinéma, des lectures, des récitals poétiques et une exposition d’Ernest Pignon-Ernest.

Cinq ans après, pouvez-vous raconter le film de cette initiative, de cette quête à transmettre sur grand écran le drame du peuple palestinien ?

En 2013, l’idée de promouvoir le cinéma palestinien réalisé par des Palestiniens a mûri. Effectivement, c’était pour nous une autre façon de faire connaître la culture palestinienne, son Histoire à travers des histoires filmées par les Palestiniens eux-mêmes. Notre objectif était ambitieux. La réussite était au rendez-vous lors de la première édition en 2014. C’est ainsi qu’est né Ciné-Palestine Toulouse. Un espace de rencontres et de dialogue avec les cinéastes palestiniens, faire découvrir un cinéma riche, diversifié, étonnant, inventif, décalé parfois… Nous avons établi depuis 2014 une forte collaboration avec des institutions et des ONG en Palestine. Cela nous permet de proposer au public des films inédits de grande qualité. Il convient de noter qu’un nombre important de films palestiniens ne sont pas diffusés en France. Pendant  longtemps confiné, dans le regard occidental,  en un art de propagande, le cinéma palestinien, à l’image de la composante de son peuple, est d’une rare variété culturelle, religieuse et politique.

Le cinéma de ce «Pays perdu», pour reprendre le titre du documentaire de Maryse Gargour, est à l’avant-garde du cinéma du monde arabe. Selon vous, cela a-t-il permis une avancée sur le plan politique et international de la cause palestinienne ?
Le cinéma de propagande appartient à l’histoire du cinéma palestinien. Le cinéma palestinien a connu, à partir de 1980, une importante mutation : de jeunes cinéastes réalisent des films de fiction, au langage plus esthétique, mais toujours inspirés par les conditions qui sont faites aux Palestiniens et à leur terre. A partir des années 90, on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération qui témoigne de ce qui, à leurs yeux, reflète le mieux la complexité de l’expérience palestinienne. Le développement du numérique a donné un nouvel élan à ce cinéma. Par sa qualité, le cinéma palestinien prend toute sa place dans le paysage cinématographique arabe et international. Il permet de mieux connaître un peuple, sa culture, les pages douloureuses de son histoire mais également les maux et contradictions au sein de la société palestinienne. Le cinéma palestinien a contribué de façon admirable à faire comprendre le drame palestinien, les souffrances infligées à tout un peuple et l’injustice subie depuis 1948. Il n’a pas cessé d’interroger avec lucidité l’histoire et de témoigner sur la tragédie, mais aussi de chercher désespérément l’espoir.
Quel écho, quelle audience publique a eu la dernière édition de Ciné-Palestine ?
La 5e édition a été couronnée de succès, 35 projections, 25 films. Beaucoup sont inédits à Toulouse. La fréquentation (2 541 personnes) est en augmentation de 7% par rapport à la quatrième édition. Le public a apprécié la programmation, la présence des cinéastes, la qualité des débats organisés après les projections, le concert, la note littéraire et l’exposition de photos. La rencontre des étudiants du Lycée des Arènes avec le jeune réalisateur de l’université Dar Al Kalima a permis un échange fructueux.

Votre initiative de fonder Ciné-Palestine Toulouse a nécessité de la détermination citoyenne mais aussi des moyens et un soutien institutionnel au plan régional. Avez-vous trouvé rapidement l’écoute et le soutien, moral et financier chez les acteurs institutionnels toulousains ?

L’équipe organisatrice compte huit personnes bénévoles. Elle travaille tout au long de l’année pour préparer l’évènement. Au moment de la mise en œuvre de l’événement, qui s’échelonne sur neuf jours, une vingtaine de bénévoles rejoint l’équipe. Ciné-Palestine bénéficie du soutien financier de la Mairie de Toulouse, du Conseil départemental, du Conseil régional Occitanie- Pyrénées-Méditerranée, de la Fondation Qattan à Ramallah (Palestine), de l’Institut culturel français de Jérusalem et de l’appui de l’Ecole nationale supérieure de l’audiovisuel (ENSAV). Les moyens financiers sont modestes. Pérenniser un tel événement nécessitera des moyens supplémentaires, d’autant que nous sommes de plus en plus sollicités par des salles de cinéma en périphérie et en région.
Un dernier mot. Quelles sont les nouvelles ambitions de Ciné-Palestine Toulouse ?
Notre ambition, continuer de porter le cinéma réalisé par les Palestiniens au plus grand nombre. Répondre à la curiosité d’un public qui connaît ou ne connaît pas la réalité palestinienne, qui est curieux, intéressé par le cinéma de qualité par le cinéma du monde. On peut dire qu’avec cette 5e édition nous sommes sur la bonne voie !