La démission d’Abdelaziz Bouteflika après un bras de fer tendu avec l’institution militaire, incarnée par Gaïd Salah, propulse l’Algérie dans une nouvelle situation complètement inattendue il y a peu. Cette fin de règne dans des conditions de grande tension, qui a tenu en haleine les Algériens, a fait craindre le pire dans un pays qui a connu une décennie sanglante durant les années 1990 suite justement aux errements politiques.

Bouteflika laisse ainsi l’Algérie dans une situation de fragilité sur plusieurs plans. L’économie était déjà en état de crise, notamment durant son dernier mandat. Une situation que la forte dépendance aux prix des hydrocarbures n’a pas arrangée. La crise politique qui a résulté d’un soulèvement populaire inattendu a visiblement provoqué un désordre dans la gouvernance. Depuis le début du soulèvement populaire, le pays est entré dans une phase de blocage, à travers notamment le gel officieux de l’activité du gouvernement.
Aujourd’hui, les perspectives restent pour le moins incertaines. Le pays est appelé à passer par un virage crucial qu’il s’agira de bien négocier. La remise sur rails du pays sur les plans politique et institutionnel demeure aujourd’hui une nécessité absolue. Les prochaines étapes du processus de transition, dans le contexte de «l’après-Bouteflika», s’annoncent ardues. Les acteurs politiques de l’opposition, ceux de la défunte Alliance présidentielle, qui ne manqueront pas de se recycler, et les personnalités propulsées par le mouvement de contestation populaire, seront appelés à se surpasser.
Le tout, sous l’œil scrutateur de l’Armée, devenue maître du jeu dans la configuration nouvelle. La crise dans laquelle a basculé le pays au lendemain du 22 février reste toujours ouverte. La volonté populaire de construire une nouvelle Algérie est exprimée de façon forte par l’homme de la rue, qui semble, aujourd’hui, reprendre son destin en mains. L’évolution de la situation reste pour l’heure en adéquation avec la volonté populaire. Ce que l’Armée semble jusqu’à présent soigneusement accompagner. Les différents partis politiques sont, de leur côté, dans un état de désarroi visible sous l’effet d’une crise inédite qui est loin d’être arrivée à son terme. L’après-Bouteflika s’annonce tout autant compliqué, notamment pour l’installation d’un Etat de droit et l’abandon des anciennes pratiques.
L’histoire retiendra que la démission de Bouteflika n’aura pas été possible sans une mobilisation impressionnante de la population, qui a maintenu la pression contre un pouvoir, qui aura usé de toutes les manœuvres pour se maintenir.
Mais le ras-le-bol populaire exprimé par la rue était tel qu’une autre évolution, que l’avortement du cinquième mandat, n’était pas envisageable. Pour les Algériens, soudain réveillés, se sont rendu compte que Abdelaziz Bouteflika n’était plus en mesure de les représenter dans l’état de santé qui est le sien. Il n’était plus question de continuer à supporter les douloureuses scènes d’un président représenté par cadre et autres visites de personnalités étrangères, en Algérie ponctuées d’images de rencontres avec un Président à la santé fragile. Bouteflika est ainsi poussé à la démission trois semaines avant le terme officiel de son mandat. Un coup de force que les spécialistes du droit constitutionnel auront le loisir de décortiquer à l’avenir. En attendant, le passage à une autre phase reste tout autant délicat. Avec les mêmes éléments structurels de la crise. Il est indéniable, qu’aujourd’hui, après la fin de l’ère Bouteflika, commence la grande aventure. L’Algérie s’y engage avec un peuple euphorique, mais sans les institutions qui protègent les nations en cas de crise.n