De notre correspondante  Dominique Lorraine
Lors de la traditionnelle conférence de presse du 73e Festival d’Avignon, Olivier Py, son directeur a dévoilé la programmation qui fait la part belle aux jeunes auteurs et metteurs en scène. Premier constat, plus des deux tiers des artistes invités n’ont jamais été programmés au Festival, un véritable «renouvellement esthétique».
Au total 20 jours de festival (du 4 au 23 juillet), 43 spectacles et 280 levers de rideau sans compter les évènements annexes : lectures, ateliers de la pensée, rencontres…
Le fil rouge de cette édition 2019, «l’Odyssée» en référence à Homère, décline des thématiques comme le voyage, l’exil, les migrants. «Être ensemble ce n’est pas faire foule ou vibrer d’affects refoulés, c’est accepter une inquiétude commune et espérer le retour de mythes fondateurs», explique Olivier Py.
Clément Bondu avec «Dévotion» parlera d’un poète qui convoque dans sa chambre tous les exilés du monde. Maëlle Poésy proposera une version de «L’Enéide» de Virgile. Blandine Savetier déroulera un «feuilleton», un spectacle sur plusieurs jours en plein air : «L’Odyssée» d’Homère en 13 actes.
La contrebassiste Sonia Wieder-Atherton, quant à elle, nous fera voyager avec «La nuit des odyssées» un spectacle musical et poétique en treize stations.
La Chine et sa dissidence interne vont nous interpeler. Chef-d’œuvre de la littérature chinoise, «La Maison de thé» de Lao She – une des premières victimes de la Révolution culturelle – sera mis en scène par Jinghui Meng. «Un spectacle grandiose avec 25 acteurs, des décors délirants», a précisé Olivier Py. La chorégraphe chinoise Wen Hui s’associe, elle, avec la Tchèque Jana Svobodova pour monter «Ordinary people», «une volonté politique forte de faire entendre la voix de ceux qui en sont dépourvus».
Le grand absent du festival sera le metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov (son remarquable «L’Été» a été présenté à Cannes en 2018) toujours assigné à résidence à Moscou depuis deux ans, son procès kafkaïen pour détournement de fonds durant depuis des mois.
Comme il l’a fait récemment pour l’opéra «Aïda» monté à Hambourg, l’enfant terrible du théâtre russe va donc tenter de monter, à distance, à travers ses assistants, la pièce «Outside» sur le photographe chinois Ren Hang, censuré pour son œuvre osée et qui s’est suicidé, à 29 ans, en 2017.
Autre cinéaste à l’honneur, Pier Paolo Pasolini. Fouillant dans l’œuvre d’Eduardo de Filippo, Irène Bonnaud a découvert l’amitié qui liait le poète au réalisateur de «Médée». Ils s’apprêtaient à tourner un film ensemble quand Pasolini fut assassiné.
La metteure en scène proposera donc une adaptation théâtrale du scénario inachevé, «Amitié», histoire extravagante d’un roi mage qui arrive trop tard pour voir le Christ.
Venant du Brésil, Christiane Jatahy va mélanger théâtre et cinéma pour raconter des témoignages tirés de ses voyages, mais aussi évoquer l’Amazonie et les craintes de destruction, sous la présidence actuelle du dangereux Jair Bolsonaro : «O agora que demora». Autre spectacle brésilien, musical cette fois, «Milagre Dos Peixes», de Tigana Santana sur la censure et la colonisation.

Le monde arabe bien présent en Provence
Alors qu’elle prenait part à la cérémonie de naturalisation qui lui conféra officiellement la nationalité française, l’auteure metteure en scène roumaine Alexandra Badea prit à la lettre cette remarque curieuse de l’officier d’état civil : «À partir de ce moment, vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses coins d’ombre.»
Elle entreprit donc de dénouer les nœuds de l’histoire, ces «Points de non-retour» sources de blessures et de divisions de la société française.
Après un premier spectacle «Thiaroye», histoire d’un crime d’État envers les tirailleurs sénégalais (porté à l’écran, en 1988, par le Sénégalais Sembène Ousmane, une coproduction avec l’Algérie), Alexandra Badea présentera, à Avignon, «Quais de Seine» sur le massacre des Algériens la nuit du 17 octobre 1961 à Paris.
Signalons aussi «Mahmoud & Nini, (ou le mystère d’une rencontre ordinaire)» de Henri jules Julien, dramaturge, auteur, traducteur de poésie arabe, metteur en scène, producteur, qui a multiplié, depuis Le Caire et Casablanca, où il vit depuis des années, les initiatives multiples pour exposer son propre travail et celui d’artistes égyptiens, syriens, libanais, marocains… sur les scènes européennes.
Mahmoud, danseur et acteur cairote et Nini, performeuse et comédienne française, se retrouveront ainsi face à face.
Enfin «Place» de l’irakienne Tamara Al Saâdi qui décrira le sentiment qu’éprouvent souvent les « étrangers » à n’être jamais au bon endroit.
C’est Myriam Haddad, peintre syrienne, qui a réalisé l’affiche de cette 73e édition. Elle s’est inspirée de «L’Odyssée» d’Homère tout en mariant les couleurs chatoyantes de affectionnant Van Gogh qui a si bien peint la Provence.
«Pour nous aider à traverser la sévérité du temps, le théâtre propose tout simplement de nous réunir devant la représentation éternelle de l’humanité aux prises avec cette impuissance». C’est la mission que s’est assigné Olivier Py. Nous en rendrons compte en juillet.