Les agriculteurs de la wilaya de Tipasa attendent leur quota de 25 millions de m3 d’eau destinés à l’irrigation des terres agricoles en particulier des deux périmètres du Sahel Ouest et de la Mitidja Ouest ce qui va permettre de sauver les récoltes en particulier celles de la pomme de terre de semence, de la tomate et autres salades et de la céréaliculture. Selon nos interlocuteurs, les besoins en eau d’irrigation sont concentrés sur le mois d’avril, période de plantation par excellence de produits maraichers et non pas en juin comme cela a été le cas l’an dernier où le quota a été délivré aux fellahs compromettant leurs récoltes.

Pour les céréales, l’Onid (Office national de l’irrigation et du drainage) a fourni, durant ce mois de mars, 2 millions de m3, dont 1,5 provenant du barrage de Bouroumi (Blida) et 0,5 million de m3 de celui de Boukourdane (de Sidi Amar dans la wilaya de Tipasa).
Lors de la célébration des journées mondiales des forêts et de l’eau, les fellahs rencontrés n’ont pas manqué de tirer la sonnette d’alarme en indiquant que si la wilaya n’obtenait pas rapidement un quota d’au moins 13 millions de m3, la saison serait compromise et les cultures de la pomme de terre de semences et autres produits maraîchers seraient sacrifiés même avec l’apport des dernières pluies qui ont été accueillies favorablement. Le quota accordé à la wilaya vient du barrage de Bouroumi situé à Blida (20 millions de m3) et de celui de Boukourdane (Sidi Amar Tipasa) qui doit libérer un volume de 5 millions de m3 selon les responsables de l’hydraulique.
L’agriculture irriguée dans la wilaya de Tipasa se répartit en deux grands volets, d’une part les grands périmètres Irrigués (GPI) à l’image du périmètre Irrigué de la Mitidja Ouest (PIMO) et celui du Sahel Algérois Ouest (SAO) et de l’autre la petite et moyenne hydraulique (PMH).
Cette dernière, qui est constituée de puits, de forages, de sources et autres prises d’eau, représente l’essentiel des moyens d’irrigation qui contribue grandement à la fixation des populations et au développement de l’agriculture constituée en majorité de produits maraîchers, d’un peu de céréales et d’arboriculture de la plaine Mitidja et de montagne.
Pallier la faiblesse  de la pluviométrie
13.933 ha, soit près de 22% de la surface agricole utile (SAU) de la wilaya qui s’étend sur 65.000 ha, sont irrigués par la petite et moyenne hydraulique, selon les responsables de la DWH (direction de wilaya de l’hydraulique).
Selon des chiffres des dernières années, on signale que la surface irriguée est, pratiquement, restée la même puisqu’elle tourne autour de 22% avec des dotations théoriques de 4000 ha par an et par hectare.
Pour pallier la faiblesse de la pluviométrie des dernières années, les responsables du secteur ont consenti de gros investissements en matière de réalisations et d’équipements de grands périmètres irrigués, dont celui de la Mitidja ouest qui couvre une superficie totale de 24.800 ha répartis soit 8600 ha pour Blida et 15.600 ha pour Tipasa et le deuxième de 2888 ha de la partie du sahel algérois ouest qui restent dépendant de la nature. Mis en service en 1988 le PIMO, qui dispose d’une surface équipée de 15.600 ha a pris en charge depuis la mise en service de ces deux tranches (1988 et 2004), 13.401 ha, tandis que celui du sahel ouest, inauguré en 2005, il couvre une superficie de 2570 ha.
Les volumes hydriques prévus par les études des deux périmètres totalisent 138 millions de mètres cubes dont 107 hm3 transférés du barrage de Bouroumi (Blida) et 31 hm3 de celui de Boukourdane (Tipasa).
Selon le bilan des campagnes d’irrigation de l’ONID, on enregistre pour le PIMO une augmentation des surfaces agricoles irriguées ces dernières années puisque celles-ci sont passées de 1008 ha en 2008 à 3512 ha en 2010, tandis que pour l’irrigation de la partie sahel ouest, alimentée à partir du barrage de Boukourdane, la surface irriguée qui était de 925 ha en 2007 elle a baissé jusqu’à 362 ha.
Selon les prévisions des services concernés, le schéma de mobilisation des eaux du barrage de Bouroumi (dont la capacité théorique est de 188 Hm3), dont les apports prévus via les trois transferts de l’oued Chiffa, oued Harbil et oued El Djer, le volume régularisable pour l’irrigation arrêté à 107 Hm3 sera, en principe, atteint pour satisfaire les besoins des agriculteurs de la Mitidja ouest.
Le volume attendu à partir du barrage de Boukourdane qui devait alimenter le SAO et le secteur C du PIMO (c’est-à-dire la daïra de Hadjout) reste malheureusement insuffisant étant donné le déficit annuel en eau dans celui-ci qui est rempli à 30% seulement, destinés à l’AEP des 07 communes centre et ouest de la wilaya.
L’opération d’aménagement hydro agricole du périmètre d’irrigation du sahel algérois ouest d’une superficie de 2888 ha qui était fin prêt avec la livraison de la troisième et dernière station de pompage SSP5 située à oued El Bellah dans la commune de Cherchell a été stoppé en raison du mauvais choix du terrain et de son implantation erronée puisqu’il se trouvait sur une ZET (zone d’expansion touristique).
Augmentation
des rendements
Ce périmètre d’irrigation, qui touchera sept (07) communes, à savoir Hadjout, Sidi Ghilès, Cherchell, Nador, Hadjret Ennouss Tipasa et Sidi Amar, a été lancé en 2003 dans le cadre du programme sectoriel.
Une autorisation de programme de 3075.000.000,00 de dinars avait été débloquée pour la réalisation de ce projet pour toucher 254 exploitations agricoles de cette partie centre ouest de la wilaya dont 246 EAC/EAI et 8 autres du secteur privé. Ce périmètre a nécessité la mise en place de 23542 ml de conduites d’adduction, 80525 ml de conduites de distribution, la réalisation de cinq réservoirs d’une capacité totale de 32054 m3, de trois stations de pompage de 1803 L/S, et enfin la mise en terre d’un réseau d’assainissement de 12 000 ml.
Concernant les stations de pompage, celles-ci ont été réalisées l’une à Hadjout avec un débit de 772 L/S, la seconde à Nador de 480 L/S et enfin celle de oued El Bellah à Cherchell d’une capacité 531 L/S.
Le périmètre, géré par l’ONID doit couvrir les besoins en eau dans le secteur (01) un de 65 exploitations agricoles qui totaliseront 655 ha (Sidi Ghilès, Hadjout et Cherchell) dans le secteur (02) deux, 63 exploitations seront touchées regroupant 818 ha, le secteur (03) trois concerne 52 exploitations avec 782 ha, le quatrième (04) 333 ha représentant les 42 exploitations et enfin le cinquième (05) couvrant 299 ha des 32 exploitations.
Ces exploitations agricoles, qui puiseront dans les 18 millions de m3/an d’eau tirés à partir du barrage de Boukourdane, ont toutes été équipées en bornes d’irrigation et équipées pour l’irrigation au goutte à goutte pour permettre une économie d’eau conséquente.
L’autre périmètre d’irrigation, à savoir celui de la Mitidja ouest, qui est également achevé consomme à partir du barrage de Boukourdane 17 millions de m3 par an auxquels viennent s’ajouter les 18 millions de m3 destinés au périmètre du sahel algérois ouest
Selon les différents responsables du secteur et les walis qui ont été à la tête de la wilaya, l’irrigation de ces périmètres avait pour but de passer de l’agriculture extensive à celle intensive avec au bout de la chaîne une augmentation des rendements et, par conséquent, celle de la production en particulier du maraîchage de pleins champs, des céréales, de l’arboriculture et du vignoble ainsi que les cultures fourragères des spéculations qui sont le plus pratiquées dans cette partie de la wilaya de Tipasa.
La céréaliculture, grande consommatrice d’eau, devait être abandonnée au profit du maraîchage qui y sera de plus en plus pratiqué avec en plus le développement des cultures intercalaires pour rentabiliser au maximum l’utilisation des sols.
Reste à savoir si les agriculteurs opteront pour des méthodes d’irrigation (le goutte à goutte ou l’aspersion) qui économisent cette ressource (« l’Or Bleu » comme on l’appelle aujourd’hui) de plus en plus rare dans notre pays qui tend à devenir une zone semi aride avec le spectre de l’avancée du désert due aux faibles précipitations liées aux changements climatiques, au déboisement observée ces 20 dernières années. n