Après l’annonce du président de la République de son intention de démissionner avant la date d’expiration de son mandat, soit avant le  28 avril prochain, une option aujourd’hui rendue caduque, des juristes et des politologues se sont montrés sceptiques, en raison de plusieurs inconnues qui ne permettent pas une visibilité. Retour sur une séquence désormais dépassée historiquement et politiquement.

PAR INES DALI
«La nomination du nouveau gouvernement en date du 31 mars 2019 par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, sera suivie par d’importantes décisions qu’il prendra, conformément aux dispositions constitutionnelles, à l’effet de permettre d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition, qui s’ouvrira à la date à laquelle il décidera sa démission», lit-on dans le communiqué de la présidence de la République.
Beaucoup s’interrogent, en effet, sur ces «importantes décisions» que prendra le Président avant son départ, car l’avenir de l’Algérie en dépend. C’est le cas d’Ameur Rekhila, ancien membre du Conseil constitutionnel et professeur à l’Université Alger 3, qui pose plusieurs questions sur la nature des décisions qui seront prises. Il tient, tout d’abord, à noter que «le Président n’a pas encore démissionné, mais qu’il a seulement annoncé qu’il démissionnerait». Entre temps, «il dit qu’il prendra des mesures, lesquelles ?», s’interroge-t-il. «Le Président va-t-il convoquer le corps électoral ? Va-t-il limoger Gaïd Salah ou lui demander de partir ? Va-t-il dissoudre l’Assemblée populaire nationale… ?» Autant de questions que se pose cet ancien membre du Conseil constitutionnel, pour lequel c’est encore le flou tant que ces questions et d’autres restent encore posées.
Il aborde, par ailleurs, la situation après la démission du Président avec un regard assez critique. L’intérim de la présidence de la République devrait être confié au président du Conseil de la nation pour une durée de 90 jours, qui prendra effet à partir de la date de départ de Bouteflika. C’est de cette période que parle normalement le communiqué de la présidence, en évoquant «la période de transition». Pour M. Rekhila, «rien n’est encore clair. On ne peut pas appeler la période de 90 jours une période de transition». Il poursuit en affirmant que «tant que nous ne savons pas quelles décisions seront prises par le Président, il se peut même que nous retournions au schéma évoqué dans la lettre du 11 mars dernier».
Pour le politologue Sofiane Sekhri, professeur à la faculté des sciences politiques à l’Université Alger 3, il faut d’autres mesures qui accompagnent la démission du chef de l’Etat, dans le sens où certaines personnes ne devraient plus continuer à présider des institutions importantes. «Si le Président part et que nous restons avec le gouvernement récemment nommé, avec les mêmes personnes à la tête du Conseil constitutionnel et au Conseil de la nation, nous ne pourrons pas mener à bien la période de transition». Il suggère que «des mesures politiques de transition soient prises pour pouvoir ensuite préparer une élection présidentielle transparente et crédible». Pour cela, il faut «écarter les personnes du système actuel et ensuite passer à la phase de la mise en place des mécanismes qui permettent une élection digne de ce nom». M. Sekhri insiste qu’«il ne faut surtout pas faire participer les personnes du système actuel à la période de transition». Il soutiendra, également, que «c’est la continuité du système décrié si aucun changement n’est opéré au Conseil constitutionnel, au Conseil de la nation et au gouvernement». Il plaide, par ailleurs, pour «l’ouverture d’un débat» et pour «une nouvelle culture de l’Etat pour bâtir les institutions du peuple et de l’Etat».
Il suggère néanmoins que lorsque viendra le temps de l’élection, «il faudra exclure l’exclusion et ne pas interdire à tel ou tel d’y participer. Laissons à ce moment-là le peuple exprimer sa voix à travers les urnes. C’est ce qu’on appelle l’alternance au pouvoir». M. Sekhri ne finit pas sans soutenir qu’il faudra une instance de supervision des élections totalement indépendante, avec une composante humaine crédible.
La politologue Louisa Aït Hamadouche partage le même avis que M. Sekhri. Elle note, qu’après l’annonce de la démission du Président, «nous sommes toujours dans la logique de l’article 102 qui implique un ensemble de procédures actées dans la Constitution». Elle explique cela par le fait que «ce seront les mêmes personnes qui seront à la tête du Conseil constitutionnel, au Conseil de la nation et au gouvernement, ce qui donne au pouvoir politique actuel le moyen de perdurer». Vu ainsi, «le 102 n’ouvre pas de perspectives de transition démocratiques», estime-t-elle. Donc, il faut que «des changements soient opérés au niveau des institutions susmentionnées pour qu’on puisse aborder la transition dans un climat démocratique et accepté par tout le peuple algérien».<