Elle est sur tous les fronts et créneaux de Cinélatino 2019. Elle, c’est Claudia. Jeune, dynamique, cette productrice indépendante de films est en dehors des canons institués jusque-là à Cuba, financement exclusif  ou quasi exclusif de la puissance publique. L’expression est à entendre dans tous les sens.

Derrière ce label se cache souvent l’impéritie bureaucratique. Comme le meilleur durant les états de grâce à Cuba. Mais le monde et les temps changent, surtout qu’il se décline à l’international ; les priorités publiques discursives peuvent plus coïncider mécaniquement avec une quelconque esthétique gouvernementale. Le djanovisme qui a longtemps sévi au nom du réalisme, voire d’un vérisme plat – et surtout pour les intérêts supérieurs d’une Nomenklatura plutôt que du citoyen en chair et en os, avide de vérité dans la vie comme sur les écrans. Pour s’en guérir avec humour et poésie, rien de mieux que de revoir « Guantanamera » de Tomas Gutiérrez Ala, Juan Carlos Tabio, qui date de 1995 qui n’a pas pris une ride. Dans  ce film, la profondeur du propos est enrobée dans un humour qui frise sans complexe avec le morbide. Une folle expérimentation à ciel ouvert de l’organisation mortuaire sur les canons de la planification, dite révolutionnaire. Ni la révolution ni les morts n’y gagnent. Ce sera, cependant, le chant du cygne du maître du cinéma cubain qui a marqué plusieurs générations.

Gutierrez a bien mérité de la nation cubaine
Espérons que ses funérailles n’ont pas ressemblé à celles qu’il donne à voir dans son film. En écho, «Sergio et Sergei» de Ernesto Daranas de 2017, sur la décomposition de l’URSS, qui abandonnera à son sort sans crier gare Cuba. Ici, il s’agit de ciel cosmique. C’est l’histoire d’un cosmonaute soviétique resté perché dans l’espace. Grâce à la radio, Sergio le Cubain se portera au secours  du soviétique  Sergei… Un film  déjà distingué à Toulouse où il reçut le Prix public «La Dépêche du Midi», Cinélatino 2018. Un  film pour grand public qui ne bouda pas son plaisir. A l’affiche à nouveau avec un certain bonheur. Mais il ne s’agit pas dans cette édition de ressasser les succès mais d’aller au-devant du cinéma d’aujourd’hui et de demain. Emergences dont les dynamiques ont pour épicentre les îles Caraïbes. Aux côtés des cinématographiques qui comptent des traditions de production bien établies. Le regard doit se porter sur ce que l’on qualifie  de kaléidoscope avec une multiplicité des langues (anglais, français, créole). Pas moins de 20 longs-métrages et 2 de courts-métrages sollicitent le regard. Sept longs métrages documentaires inédits sont alignés dans la compétition pour divers prix, notamment, le Prix Documentaire Rencontre de Toulouse, décerné par un jury composé de médiathicaires de la région et de professionnels du cinéma européens et latino-américains. Ce Prix est le résultat de l’attention conjuguée de la Bibliothèque de Toulouse et du Centre régional des lettres Midi-Pyrenées à la production documentaire latino-américaine.
Prix très populaire, que celui du public documentaire « La  Dépêche du Midi »!
Pour sa part, l’Association catholique mondiale pour la communication, Signis, décerne des prix. N’oublions pas  le Prix lycéen  qui est remis par des élèves de terminale viticulture, du lycée agricole de Rodihan, soutenu par la direction régionale de la culture et la Draaf Occitanie. A Cinélatino, il n’est pas question que de films, d’images. Les mots ont leur place et leur importance dans l’élaboration cinématographique, quand on sait combien sont payés les scénaristes à Hollywood, on a le vertige des hauteurs. Ils peuvent s’aligner avec les plus grosses vedettes du football mondial. Les scénaristes, eux, jouent avec les mots. Les  Editions Métailié (fondées par Anne-Marie Métailié en 1979) tournées vers la littérature lusophone et hispanophone  étaient à l’honneur dans cette 31e édition de Cinélatino Toulouse. Ainsi la présence  de Luis Sepulveda, dont la notoriété n’est plus à faire, était là pour célébrer  aux côtés de la fondatrice, les quarante ans de cette maison d’édition. Et, c’est en tant qu’auteur de la Maison qu’il a décroché sa renommée internationale avec son premier roman « Le Vieux qui lisait des romans d’amour ». Luis Sepulveda a d’autres flèches à son arc. Il est aussi réalisateur et, à ce titre, il présentait le monde vierge situé au Sud du 42e Parallèle, ultime territoire encore protégé de la pollution, un rêve déjà menacé par les enjeux économiques et néanmoins politiques au nom de la galvaudée modernité. Toujours pour les quarante ans de Métailié, « Retour à Ithaque », en fait une terrasse de La Havane où conversent cinq amis sur les péripéties de  leur jeunesse…   A l’image d’un monde qui se brouille et  qui n’a pas    tenu toutes ses promesses. Mais la vie est là, douce-amère, elle tourne ses pages comme la mer plus bas lave le front de mer de La Havane de ses rides et apporte dans son écume les prémices d’un renouveau qui tient du défi et de la foi en l’avenir.n