C’est fait ! Abdelaziz Bouteflika a fini par accepter l’article 102 de la Constitution. Le président de la République a opté pour la démission avant le 28 avril, date d’expiration de son mandat, annonce un communiqué de la Présidence.

Par Feriel Nourine
Cette décision ouvre la voie à une période de transition qui verra la gestion des affaires courantes du pays par le président du Conseil de la nation, qui devra composer avec le gouvernement en place, c’est-à-dire celui nommé dimanche. Le président du Sénat aura, par conséquent, à préparer l’élection présidentielle dans une période maximale de 90 jours.
La nomination de ce gouvernement devrait toutefois être suivie par « d’importantes mesures » qui seront prises par le Président avant son départ, pour « assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition », souligne le communiqué de la présidence. « La nomination du nouveau gouvernement, en date du 31 mars 2019, par son Excellence M. Abdelaziz Bouteflika, président de la République, sera suivie par d’importantes décisions qu’il prendra, conformément aux dispositions constitutionnelles, à l’effet de permettre d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition qui s’ouvrira à la date à laquelle il décidera sa démission », est-il précisé.
Selon certaines sources, ces mesures concerneraient principalement la présidence du Conseil de la nation dont Abdelakader Bensalah pourrait être destitué pour son profil de proche de ce pouvoir, dont le mouvement populaire refuse tout représentant. Ce poste serait alors confié à une personnalité susceptible de jouir d’un capital estime sur la place publique ou, du moins, apte à faire accepter sa désignation. Dans ce sens, le chef de l’Etat n’aura pas droit à l’erreur de provoquer de nouvelles colères chez le peuple qui appelle à un changement qui n’associe pas des noms ayant déjà servi le pouvoir en place.
En annonçant sa démission, le président de la République répond donc à la suggestion faite la semaine dernière par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, pour l’application de l’article 102. Bouteflika a choisi la voie de la démission, alors que le Conseil constitutionnel s’est, depuis le jour de cette suggestion, muré dans un silence qui en dit long sur son refus de trancher par la voie de l’empêchement, tel que contenu dans le même article.
Cette décision de Abdelaziz Bouteflika constitue sans doute une première réponse à la crise politique qui secoue le pays depuis plusieurs semaines, faisant planer le spectre de la vacance des institutions et de ses retombées d’un pareil scénario sur la stabilité du pays. Le choix du chef de l’Etat semble découler de larges concertations au sommet que son équipe et lui ont dû avoir avec la haute hiérarchie de l’ANP, dont la pression pour l’application de l’article est montée de plusieurs crans mercredi dernier, suite au non-retour d’écho de la part du Conseil constitutionnel au premier appel fait par l’institution militaire quelques jours auparavant. Reste à savoir quelle sera la réaction du mouvement populaire, mais aussi de l’opposition, face à l’annonce de la démission de Bouteflika.<