Ahmed Gaïd Salah a compris que le peuple «ne veut pas» de l’article 102 de la Constitution, qui confie au président du Sénat la gestion du pays, a estimé hier l’ancien Chef de gouvernement Ahmed Benbitour, notant, par ailleurs, que le Conseil constitutionnel n’a pas répondu à la demande de l’Armée. C’est pourquoi le chef d’état-major de l’ANP «fait pression sur le pouvoir en utilisant les articles 7 et 8 qui veulent dire qu’il est possible de ne pas appliquer l’article 102 en faisant valoir la souveraineté du peuple et son pouvoir pour gérer ses institutions», a estimé
M. Benbitour sur les ondes de la Chaîne III lors de son passage à l’émission L’invité de la Rédaction. Le Conseil constitutionnel n’ayant pas répondu, le nouvel appel lancé, samedi, par Gaïd Salah «peut être interprété comme une solution pour contourner l’article 102 dans le respect de la Constitution», a-t-il expliqué, ajoutant que l’application des articles 7 et 8 «peut permettre d’instituer une période de transition sans avoir à passer par la fameuse période de 45 + 90 jours». Toutefois, cette période de transition devrait durer «entre 8 et 12 mois», a insisté l’orateur, considérant qu’«il faudra prendre le temps de préparer un programme de sortie de crise assez détaillé». A la question de savoir si un présidium serait une bonne option pour la gestion de cette période de transition, l’invité de la Chaîne III répondra que, dans pareille configuration, il ne faudrait pas que ceux qui composent ce type d’instance soient nombreux. «S’il y a un présidium, il faut que les personnalités qui le composent ne soient pas nombreuses », a-t-il souligné. «Au-delà de trois personnes, c’est déjà beaucoup, parce qu’il y a des décisions très importantes à prendre et il faudrait que ceux qui les prennent en assument la responsabilité totale. Et la meilleure façon d’assumer la responsabilité totale c’est d’être seul à prendre les décisions», explique M. Benbitour. Sauf que le consensus autour de la constitution d’un présidium semble actuellement difficile à dégager de la rue. Et pourtant, «la rue doit nécessairement comprendre qu’elle a besoin de désigner son négociateur, de décliner son programme et de mettre en œuvre ce programme», insistera le même intervenant. Pour lui, le peuple doit s’attendre à une situation difficile qui oblige à passer par une période d’austérité, et le peuple doit définir un objectif «clairement établi». Sur l’état de santé économique du pays, l’ex-chef de Gouvernement dira que nous sommes dans une situation «difficile» et qui le sera davantage en 2021, lorsque les réserves de change auront été totalement consommées. «Depuis 2014, nous sommes dans une situation difficile, avec des exportations qui sont tombées de 43 milliards de dollars à 27 milliards de dollars en 2016», fera-t-il remarquer, après avoir rappelé que l’Algérie avait auparavant «connu une aisance financière exceptionnelle avec des réserves de change pouvant couvrir trois années d’importations sans compter sur les exportations». Mais comme l’économie algérienne a fonctionné sur «la rente et la prédation dans l’utilisation de cette rente», elle est restée dans la dépendance, avec «des factures d’importation passant de 12 milliards de dollars, en 2001, à 76 milliards en 2014», poursuivra-t-il, non sans prévenir sur «une pénurie des moyens de financement et des biens de consommation à partir de 2021».