Ni biographie, ni monographie, mais plutôt hagiographie. Un genre littéraire consacré à mettre en avant le caractère de sainteté d’un personnage. Méconnu en Algérie, l’hagiographie ne devrait pas tarder à conquérir des «espaces » dans le paysage DZ. Ne serait ce pas finalement un juste retour vers les sources ! L’Algérie n’est-elle pas un pays où quasiment chaque région, chaque ville, a s(es)on saint(s) !

Un livre écrit au 12e siècle par un perse, en langue persane, traduit en français au 19e siècle (à partir d’une traduction en en turc Ouïgoure), est entré, depuis quelques semaines, dans les « contrées » des libraires algériens. « Le Mémorial des saints » est venu combler le vide recensé, constaté, de la littérature hagiographique. C’est l’une des dernières publications de la très prolifique maison d’édition « Librairie de Philosophie et de Soufisme ». Ce livre, par ses textes hagiographiques, revient sur les marques de sainteté de plusieurs mystiques musulmans d’avant le 12e siècle.  Le premier « personnage » abordé est Djafar as-Sadiq (702-765), et le dernier (72e) n’était autre que celui qui est considéré comme le martyr de la mystique musulmane, Al Halladj (858-922).  Un choix de « classement » non expliqué, ni par l’auteur, ni par le traducteur, ni par l’éditeur. Toutefois il faut noter que le premier, Djafar as-Sadiq (descendant du Prophète Mohammed, QSSSL), serait mort par empoisonnement (sur ordre du calife abasside, Al Mansour),  alors qu’ Al Halladj  a été condamné à mort, flagellé, mutilé accroché à un gibet et finalement décapité (sur une décision d’un autre calife abbasside, al-Muqtadir Billah).

 « Le Mémorial des Saints » (Tadhkirat al-Awliyâ’) est l’œuvre d’un mystique perse, Farid ad-Dïn al-Attar an-Nisaburi, et la version en langue française a été l’œuvre de traduction d’un orientaliste français, Abel Pavet de Courteille (1821 – 1889). Dans « la présentation de l’éditeur », signée par l’auteur Abderrahmane Rebahi, l’ouvrage est présenté comme une version révisée d’une « vieille traduction plus que centenaire ». L’apport de la « Librairie de Philosophie et de Soufisme » consiste notamment dans la transcription des noms propres et des ajouts de quelques notes « lorsque cela nous semblait nécessaire et utile pour une meilleure intelligence du texte ».  De son côté, dans son préambule, Abel Pavet de Courteille ne tarit pas d’éloges sur  « Le Mémorial des saints ». Il suffit de lire sa « description » pour comprendre à quel point l’orientaliste français était « subjugué » par le contenu : « Il est certain qu’il n’existe pas au monde de livre meilleur que celui-ci, attendu que les paroles qu’il renferme ne sont que le commentaire des paroles même du Coran ». 

Le livre vaut également par la stature de son auteur, Farid ad-Dïn al-Attar an-Nisaburi. L’un des plus émouvants « hommages » qu’il a reçu est celui du très connu poète mystique, Djalal Eddine Rumi. Les vers de ce dernier sont édifiants : «  Attâr a parcouru les sept cités de l’Amour,tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle ».

Une autre personne, algérienne,  s’est penchée sur la traduction française du livre. Il s’agit de Mohamed Atbi, responsable des collections à la maison d’éditions « Librairie de Philosophie et de Soufisme ». C’était lors d’une conférence-débat qu’il a animée le 9 mars dernier, à la librairie « L’arbre à dire » (Alger). L’intitulé était en lui-même tout un programme « l’Hagiographie soufie, bref historique du adab al-manâqib et spécificité du Mémorial ».  La Rédaction Digitale de « Reporters » (#RDR) était présente. Parmi les nombreux aspects abordés par le conférencier il y avait évidemment l’hagiographie, mais également d’autres « axes » en relation avec le soufisme et l’islam. Concernant le livre, Mohamed Atbi l’a présenté comme « la référence de la prose persane » et « le plus ancien traité persan qui traite seulement de la biographie des saints ».Le conférencier n’a pas omis d’éclairer l’assistance sur le rôle et la stature des soufis et des awliya, en montrant surtout que beaucoup de fausses informations pullulent sur leurs pouvoir et leur « karamat ». 

Les vidéos de la #RDR, en dessous,  donnent un aperçu sur l’intervention de Mohamed Atbi:

« Hagiographie »

« Un soufi… »

« Le juste milieu… »

« Multiplication… »

« Karamat… »

« L’anneau… »

« Le temps… »