Haroun, nouvelle révélation de l’humour et du stand-up francophone, a animé, avant-hier à l’Opéra d’Alger, Boualem-Bessaïh, un double spectacle hilarant pour la plus grande joie de ses fans venus nombreux. La présence en surnombre des spectateurs, qui ont continué à affluer alors que tous les tickets de l’unique spectacle programmé au départ, avaient été écoulés, a conduit les organisateurs à programmer une deuxième prestation le même jour à 17H et 20H30. «Wary Nichen» (Houari, l’homme droit), un autre humoriste, globe-trotter originaire d’Oran, assurant la première partie du spectacle, a embarqué la salle dans une longue analyse de l’esprit biscornu que pouvait contenir le dialecte nord-africain. Un jargon fait d’un «mélange de vocables empruntés du français, à la forme arabisée», avant de dessiner les «traits de caractère» des habitants de quelques villes algériennes dans des caricatures qui ont fait beaucoup rire, rapporte l’APS. Réitérant son «amour pour l’Algérie» dans un moment solennel, Wary rappellera la beauté de son pays d’origine, à travers l’évocation de «L’Algérie vue du ciel» (2015), documentaire aux paysages époustouflants, du cinéaste français, Yann Arthus Bertrand, avant de revenir au rire et à la dérision en énumérant quelques tares perceptibles.
Devant une salle chauffée à blanc, Haroun est ensuite apparu dans le prolongement des applaudissements nourris qui ont salué la prestation de «Wary Nichen», osant, d’entrée, la comparaison entre la joie du rire et la situation des enfants au Darfour, avec un humour acide, loin des codes du one man show. A travers une succession de transitions intelligentes, Haroun impose son propre style, alignant plusieurs sujets «préoccupants», dont le décalage social des niveaux de vie, l’éducation, la politique, la situation en Palestine et au Yémen, la religion, le terrorisme, le racisme ou encore l’écologie, qui l’amènera à quitter sa posture statique et esquisser de légers mouvements pour imiter brillamment quelques animaux. Jetant un regard aussi ironique que malicieux sur notre monde, Haroun se meut avec aisance dans le décryptage de l’actualité, avouant ses «peurs et ses appréhensions», car son propos est acerbe et ses textes s’attaquent aux tares de la société et à celles de ceux qui l’organisent. «Je suis humoriste parce que je suis faible», a-t-il lancé à l’assistance avec laquelle il interagira longtemps avec un esprit de répartie piquant et drôle.
Celui qui préfère se dire pour le moment, d’«origine humoriste» pour éviter, selon lui, «tout amalgame», a annoncé qu’il expliquera son choix dans «un spectacle» qu’il «écrira et présentera ultérieurement». Le spectacle de Haroun a été organisé, pour la première fois en Algérie, en collaboration avec l’Opéra d’Alger, par «Keral Productions», qui a produit de nombreux événements en Algérie, à l’instar des spectacles de David Guetta, Diam’s, Stromae, et récemment les quatre shows d’ «Alger mon Humour», avec Nawel Madani.n