Vitol, premier négociant en énergie au monde, estime que les prix du pétrole devraient encore augmenter ; la réduction de la production de l’Opep et les sanctions américaines contre l’Iran et le Venezuela pourraient provoquer une « pénurie » de raffinage du brut lourd de qualité inférieure.
Russell Hardy, président-directeur général de Vitol Group, a estimé, hier, que « l’approvisionnement en pétrole sera assez serré jusqu’au troisième trimestre » de l’année en cours, ce qui conforte l’Opep dans ses prévisions quant à un éventuel retour du marché à l’équilibre vers le second semestre de 2019.
Le patron de Vitol s’attend à ce qu’un énorme potentiel de raffinage soit inexploité faute de volumes conséquents en pétrole brut lourd. Le Texas et d’autres États riches en pétrole de schiste inondent le marché en pétrole brut de haute qualité, alimentant, par la même, une surabondance croissante qui inquiète l’industrie pétrolière mondiale. Les raffineurs qui ont investi des milliards de dollars pour tirer profit de la transformation du pétrole brut de qualité inférieure à bas prix paient des primes inouïes pour trouver les qualités lourdes dont ils ont besoin.
Telle est la situation qui pourrait peser sur l’évolution du marché dans les mois à venir.
« Vous avez probablement besoin de beaucoup d’approvisionnements pour les six prochains mois », a déclaré Russell Hardy dans une interview accordée à Bloomberg TV.
« La décision de l’Opep a signifié qu’il y avait moins de ressources disponibles, la situation en Iran a signifié qu’elles en étaient de moins en moins disponibles, et la situation vénézuélienne s’ajoute à cela », a expliqué le patron de Vitol.
Pour lui, l’inadéquation entre le poids léger et le poids lourd est une bonne nouvelle pour les géants de l’Opep comme l’Arabie saoudite et l’Iraq, qui ne produisent pas beaucoup de produits légers, mais qui pompent beaucoup de pétrole lourd, destiné habituellement aux raffineurs.
Les automobilistes pourraient même en bénéficier, car trop de pétrole léger entraîne souvent trop d’essence et des prix plus bas. D’un autre côté, les camionneurs peuvent se retrouver avec une charge réduite, car les raffineurs préfèrent le pétrole brut fortement corrosif pour produire du diesel. Bien que moins connu que les géants de l’industrie tels que Exxon Mobil et Royal Dutch Shell, Vitol est le plus grand négociant indépendant en pétrole au monde, traitant plus de 7 millions de barils par jour, suffisamment pour satisfaire la consommation combinée de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne et d’Italie. Russell Hardy a déclaré à Bloomberg TV que la récente remontée des prix qui a poussé le Brent, la référence mondiale du brut léger non corrosif, au-dessus de 65 dollars le baril, était « pleinement justifiée » par les fondamentaux de l’offre et de la demande. En revanche, la vente d’octobre à fin décembre, lorsque Brent est tombé de plus de 85 dollars à 50 dollars le baril, était « un peu irrationnelle », a-t-il déclaré.
Tandis que Vitol présentait une vision optimiste pour le premier semestre, il a averti que l’approvisionnement en schiste pourrait faire basculer le marché au quatrième trimestre, car de nouveaux pipelines reliant le Permien à la côte américaine du golfe du Mexique permettront de stimuler davantage la production américaine.
La croissance de la demande de pétrole est l’autre facteur à risque car l’économie mondiale ralentit. Vitol prévoit une croissance de la consommation d’à peine 1,1 million de barils par jour en 2019, contre 1,5 million de barils par jour en 2018.
« Il pourrait y avoir un point d’interrogation sur la direction du marché d’ici le quatrième trimestre de cette année», a déclaré Russell Hardy. La production pétrolière américaine a atteint un niveau record de 12 millions de barils par jour la semaine dernière, soit une hausse de près de 2 millions de barils par jour par rapport à il y a un an.
Parallèlement, les États-Unis ont exporté un volume record de pétrole brut de 3,6 millions de barils par jour, devançant de ce fait tous les pays de l’Opep, à l’exception de l’Arabie saoudite et de l’Irak, au moins sur une base brute. Pour le patron de Vital, lorsque la production américaine augmenterait, l’Opep se trouverait dans une «situation un peu plus difficile». Comme quoi, la variable la plus inconnue pour les prochains mois serait l’évolution de l’offre américaine, un casse-tête auquel l’Opep est sérieusement confrontée.<