Jeudi dernier, le directeur de campagne du chef de l’Etat sortant pour un 5e mandat
a réuni son état-major à l’hôtel Ryad de Sidi-Fredj.

Ce rassemblement a servi à Abdelmalek Sellal à installer ses adjoints dans les 48 wilayas du pays. L’occasion lui a été donnée également de présenter à la presse ses grands collaborateurs chargés d’animer la campagne de M. Bouteflika. Ainsi, outre les 48 sous-directeurs de campagne dans les régions, on a assisté à la confirmation du chef du MPA, Amara Benyounès, en directeur de la communication de la campagne. On a également appris que l’ancien ministre et homme de télévision Hamraoui Habib Chawki est nommé à la «coordination», tandis que l’ancien secrétaire d’Etat et ancien chargé de communication à la chefferie du gouvernement Belkacem Mellah sera «chargé du mouvement associatif». Ces deux hommes opéreront en étroite coordination avec M. Benyounès, a-t-on appris sur place.
Cette journée d’installation a été celle des consignes, et la plus audible – rendue davantage importante par les marches observées hier dans plusieurs régions du pays contre la candidature du chef de l’Etat sortant- a été de «respecter l’adversaire». L’auteur de cette consigne, Abdelmalek Sellal, a appelé ses troupes à «respecter tous les candidats, à s’en tenir aux lois de l’Etat et à ne pas verser dans des polémiques qui ne servent pas le pays». M. Sellal a parlé de la nécessité d’une campagne électorale «dans la sérénité» et appelé à faire preuve de «respect des règles du jeu». Il a, enfin, mis en avant devant les membres de son équipe, l’atout à défendre durant les jours prochains : le «bilan» du chef de l’Etat sortant, «positif» à plus d’un égard, selon lui, et les «promesses des nouvelles formes» inscrites dans sa déclaration de candidature.
Sur ce point, force est de constater que le directeur de campagne du président Bouteflika ne pourra pas se contenter d’appuyer sa stratégie uniquement sur le bilan et les annonces de son candidat. L’évolution constatée hier le place, lui, ainsi que toutes les forces partisanes d’un 5e mandat, devant une situation de riposte. Il lui faudra autre chose, en effet, que l’inventaire des «réalisations» du chef de l’Etat sortant
depuis qu’il est à la tête du pays
– «droits des femmes, amazighité, paix et réconciliation nationale, politique sociale accrue» axées notamment sur le logement, a-t-il entre autres cité- pour faire oublier l’effet psychologique provoquée par les rassemblements de rue, hier, à l’Est comme à l’Ouest, au Nord comme au Sud.
De ce point de vue, et outre la façon dont M. Sellal aura à réagir et à mener la campagne dont il a la direction, lui, qui insiste sur le rejet des «surenchères verbales» et d’éviter les «risques de dérapage», il s’agira d’observer la réaction des partis et des courants rassemblés derrière le chef de l’Etat sortant. Le FLN a déjà indiqué qu’il comptait organiser des marches et des manifestations pour défendre son candidat, d’autres formations et organisations pourraient également prendre des initiatives similaires. Toute la question toutefois est de savoir s’ils vont mener leur action sans susciter la confrontation avec la partie de l’opinion algérienne qui rejette l’idée d’un 5e mandat, une donnée potentielle depuis la journée d’hier. Et qu’il faut à tout prix éviter au risque que la partie électorale qui s’ouvre ne tourne à la polarisation politique du pays et de la société algérienne en entier. La sidération qui a semblé frapper hier l’ensemble des formations et des personnalités politiques qui n’ont pas réagi aux marches est en soi un indicateur d’inquiétude et de risques de cette polarisation. n