Vice-présidente exécutive du Forum arabo-européen du théâtre et du cinéma (Faetc), créé en France, Marion Jadot, également comédienne française, diplômée en relations internationales et activiste, revient sur cette plateforme d’échanges et de coopération entre artistes du Monde arabe et d’Europe.

Reporters : Vous êtes vice-présidente exécutive du Faetc, comment vous en avez entendu parler ?
Marion Jadot : Hamid Oqabi m’a appelée pour me dire qu’il pensait créer un forum d’échanges et de coopération entre artistes du Monde arabe et artistes européens, et il est vrai que cela s’intégrait vraiment bien dans mon parcours. J’ai récemment joué dans un long métrage algérien et j’ai vraiment envie de creuser ce pont entre les cultures européennes et arabes. Ensuite, Hamid m’a introduite auprès de Nawel Abdelaâziz avec qui nous avons régulièrement échangé. J’ai ressenti de vraies affinités avec cette artiste, vivant en France et issue de culture jordano-marocaine.

D’après vous, qu’est-ce que ce projet peut apporter aux artistes, au cinéma et au théâtre ?
Le forum est avant tout une plateforme d’échanges culturels et artistiques. On a choisi d’œuvrer dans les domaines du cinéma et du théâtre parce qu’on est tous des artistes issus de ce milieu ou essayant d’être actifs dans ce milieu. Je pense que ce sont des milieux dans lesquels il faut apprendre à coopérer. Ce sont des projets collectifs, des projets d’équipes que ce soit au théâtre (projets de troupes, de compagnies, collaborations avec le personnel des théâtres ou des festivals…) ou au cinéma (équipes artistiques, équipes techniques…). Je crois qu’il y a une forme d’émulation artistique qui peut se produire avec ce forum, c’est-à-dire qu’il peut permettre à des artistes, techniciens, auteurs… d’entrer en contact et de trouver chez l’autre un soutien, des idées, et le pouvoir de construire un vrai échange culturel, solide qui puisse même faire évoluer la forme d’art en pratique. On a parfois des façons très différentes d’envisager le cinéma et le théâtre en fonction de la nationalité qu’on a, ça peut donc être une vraie source d’enrichissement que d’aller découvrir d’autres pratiques, d’autres façons de faire, d’autres thématiques. Je pense que pour pouvoir perdurer, l’art a besoin de se nourrir et d’être nourri régulièrement. A terme, j’espère que le forum réussira à réaliser des productions théâtrales et cinématographiques qui unissent des artistes et des techniciens issus de communautés culturelles très différentes. J’espère, à terme, que le forum pourra financer des projets, aider des artistes en devenir et aider à des créations. Pour moi, le forum est surtout la création d’un réseau artistique immense qui permet aux individus pratiquant le théâtre et le cinéma de se connecter, de s’entraider, de se découvrir et d’enrichir leurs pratiques artistiques.

Pensez-vous qu’un tel projet peut aider à promouvoir la production cinématographique, dans les pays arabes notamment ?

Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas si ce forum peut aider à la production cinématographique dans les pays dans lesquels elle est en décroissance. Il peut, par contre, offrir un réseau aux artistes et aux techniciens de ces pays. Le forum peut leur offrir un réseau et peut-être plus d’opportunités de travail. Peut-être aussi la possibilité de venir participer à des projets cinématographiques en Europe et d’être nourris de cette expérience, de la même façon pour l’artiste européen. Moi, j’ai découvert dans le cadre du tournage des «Amants maudits d’Alger» de Mohamed Charaf Ketita, comment artistes et techniciens travaillent ensemble pour faire un long-métrage en Algérie avec très peu de budget, avec les moyens du bord, avec leur argent de poche et, en dépit de tout ça, j’ai trouvé qu’il y avait une émulation artistique énorme, que chacun était extraordinairement investi et travaillait pour produire une œuvre d’une grande qualité. Au final, tout le monde fait son maximum pour que ça soit le cas. Je trouve ça admirable. Par ailleurs, et d’une manière générale, je pense que le théâtre et le cinéma du monde arabe sont totalement méconnus ici en Europe et il faut absolument les promouvoir. Faire en sorte qu’ils soient connus parce qu’il y a de très belles choses qui sont produites même si la production n’est pas énorme en quantité, je pense qu’il y a vraiment de très beaux objets de cinéma et de théâtre qui méritent d’être connus en Europe, d’avoir une aura plus large.

Aimeriez-vous présenter un spectacle dans un pays arabe ?
J’adorerais pouvoir jouer et présenter un de mes spectacles dans un pays du Monde arabe. Ça permettra de lui donner une autre dimension, de sortir de la dimension simplement française et européenne de mes créations, et notamment par le regard du public auquel il sera confronté. Un regard qui a grandi dans une autre culture et qui va donc être plus sensible à des choses auxquelles je n’aurais pas pensées, qui va peut-être être choquer ou au contraire trouver ça désuet. C’est le confronter à une autre vision et une autre pratique de théâtre, à d’autres habitudes de théâtres et ça m’intéresse énormément parce que mon spectacle est forcément imprégné de mon regard européen, mon regard français. Alors j’essaie de m’ouvrir au reste du monde, et je pense qu’il est temps de sortir de ses frontières et d’oser confronter sa création, sa proposition artistique à un regard critique, différent, ce qui l’enrichira forcément.