La culture algérienne est à l’honneur, aujourd’hui 21 février, à travers le parcours du poète Kateb Yacine, à l’occasion du rendez-vous cinématographique mensuel «Voix & Images du Sud» au Haïdouc Bourges (France), conçu par le spécialiste et critique de cinéma Olivier Hadouchi pour Bandits-Mages, souligne un communiqué parvenu à notre rédaction.

A l’affiche ce soir, articulée autour de la thématique «Kateb Yacine & Jean Genet : résistances poétiques & politiques», deux projections. La première séance à19H verra la projection du documentaire « Kateb Yacine poète en trois langues», de Stéphane Gatti, sorti en 2001, en présence du réalisateur. Tel que le souligne la présentation, le documentaire est un émouvant portrait de Kateb Yacine par Stéphane Gatti, qui prend le temps de donner la parole au grand dramaturge, poète et romancier algérien, ayant gardé jusqu’au bout son regard critique.
En son et image, les présents pourront ainsi apprécier, Kateb Yacine qui considérait que «le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui, qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion».
Lors de la deuxième séance, programmée à 21H, un autre poète révolutionnaire est à l’honneur avec la projection de «Jean Genet, un captif amoureux, portrait d’un poète combattant », réalisé par Michèle Collery, en 2016, et que le public algérien avait découvert à l’occasion de sa projection en 2017 au Festival du film engagé d’Alger. La projection se déroulera en présence de la réalisatrice Michèle Collery et de Marguerite Vappereau, maître de conférences, spécialiste des rapports entre Genet et le cinéma.
Dans ce documentaire, on découvre que lorsque Jean Genet couvre les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, sous le choc, il rédige «Quatre heures à Chatila» qui le ramène à l’écriture après vingt ans de silence littéraire. Il poursuit avec «Un captif amoureux», recueil de souvenirs où il évoque ses combats auprès des Black Panthers et des feddayin. Entrelacé d’entretiens, d’extraits de film, d’images d’archives, de lectures, le film retrace ce parcours poétique et politique de l’écrivain, depuis les années 70 jusqu’à sa mort en 1986.
Une séance sera également consacrée au cinéma libanais, le 29 mars prochain, en hommage à Jocelyne Saab, autour de la thématique «Le Liban entre tourments et rêves éparpillés», la première séance sera ainsi marquée par la projection de «Beyrouth ma ville» de Jocelyne Saâb France sorti en 1982. La réalisatrice récemment décédée, avait confié que «nous risquions notre vie tous les jours durant le siège de Beyrouth, car la ville était bombardée sans arrêt. (…) En même temps, capturer cette image, c’était pour moi comme tuer ou apprivoiser la mort. Pour en faire une image témoin, me sauver de ma propre mort éventuelle». Un document magistral sur la résistance d’une ville assiégée et les images en temps de guerre.
Lors de cette soirée, il est également prévu la projection de « Pays Rêvé », réalisé par Jihane Chouhaïb en présence de la cinéaste ; «Ça sera beau, From Beyrouth with Love» de Waël Noureddine et «Aïnata » d’Alaa Mansour.
En mai prochain, l’Algérie sera également à l’honneur autour de la thématique «Algérie plurielle» avec la projection de plusieurs courts- métrages de Katia Kameli et le documentaire « Barberousse mes sœurs » de Hassen Bouabdellah, où le réalisateur a filmé les réactions d’anciennes détenues, réunies dans un cinéma du centre d’Alger, autour de la projection d’un film consacré à la vie dans la prison de Serkadji (autrefois nommée Barberousse) durant la guerre d’indépendance, qui avait oublié d’évoquer la présence des femmes.
Il est également prévu la projection du documentaire «Les traces et l’oubli» de Hamid Smaha, sorti en 1998, qui montre l’engagement des artistes peintres contre la Guerre d’Algérie en ayant recours à des images d’archives, des extraits d’œuvres et des entretiens avec de grands témoins de cette période tels que Diego Masson, Henri Alleg, Abdallah Benanteur, Jean-Jacques Lebel ou Pierre Vidal-Naquet.
A propos du concept de cette programmation, Olivier Hadouchi écrit que «des Images & des Voix du Sud, qui continue(ro)nt de vibrer, à travers un panorama de films et de vidéos qui rencontrent la poésie et les autres arts, pour mieux chanter et documenter le monde, pour mieux l’étreindre, le contempler, parfois même le bousculer avec audace, pour mieux le préserver et/ou le réinventer». n