Depuis que l’Unesco avait bloqué, via le ministère de la Culture, le projet insensé qui visait à mettre à ras les bâtisses menaçant ruine, et même celles qui ne l’étaient pas, la vieille ville de Constantine, Souika principalement, est carrément à l’abandon. C’était en 2004, et les autorités locales avaient reçu un blâme de la tutelle car elles avaient enfreint la réglementation qui stipulait que le Rocher était une zone protégée.

Tous travaux, et surtout la destruction des maisons, étaient interdits, sauf quitus du ministère de la Culture. Dès lors, la vieille ville a été complètement délaissée, abandonnée, les autorités prenant à la lettre les oukases du ministère de tutelle et de l’Unesco. Elles n’interviendront plus, même si des maisons menaçaient de s’affaisser, avec tous les risques pour les rares habitants qui y sont encore. Cette fois, c’est une maison située à la rue Amar-Boutebba qui s’est complètement effondrée à la fin de semaine écoulée. La Protection civile, sur place ne dénombrera, heureusement, aucune victime. Et cette fois encore, ce sont des travaux de restauration, complètement bâclés qui sont à l’origine du sinistre. Des travaux entrepris par les propriétaires des lieux « sans aucune autorisation », nous diront des voisins. Bien sûr, l’excuse est toute trouvée et conduira vers les pluies abondantes de saison ainsi que des chutes de neige conséquentes. Mais il faut souligner, à la décharge des habitants de Souika, que ces derniers sont partagés entre les promesses des autorités de les reloger, -encore faut-il patienter que toutes les habitations précaires, les gourbis et leurs occupants venus d’ailleurs soient servis, et l’impératif de se protéger par des restaurations hasardeuses, même si c’est au mépris des lois régissant les habitations sur le Rocher, et leurs propres vies. Cet énième effondrement serait peut-être passé sous silence si la rue Boutebba ne revêtait pas une importance particulière. En effet, c’est une rue de traverse de la principale, artère de Souika, la rue Mellah-Slimane, là où les maisons sont plus solides et que le commerce se distingue par une affluence sans pareil, notamment sur les étals des bouchers. Et tout près de la maison effondrée, se trouve la mosquée de Sidi-Abdelmoumène, qui date du XIIIe siècle, et qui se retrouve dorénavant dans « la ligne de mire » des effondrements des bâtisses de Souika. Cette mosquée, à l’instar des autres situées dans la vieille ville, Rahbet Essouf, Casbah, et Souka, ainsi que toutes les zaouias, devaient être revêtues de beaux atours de restauration à l’occasion de l’évènement de
« Constantine, capitale de la culture arabe » en 2015. L’évènement a bien eu lieu, mais non la restauration promise pour les mosquées. Il n’y a eu que Djamaâ Lekbir et la mosquée Bey Ahmed qui ont tiré leur épingle du jeu, même si ce n’est qu’en 2018. En tout cas, la situation n’est guère reluisante au niveau de la vieille ville et ce ne sont pas les bricolages des riverains sans aucune expérience qui vont arranger le sort d’une ville qui ne sait plus à quel saint se vouer, sachant, pourtant, que des saints, il y en a à profusion, de Sidi Rached, en passant Sidi Benabderrahmane, sans oublier le mythique Sidi Loghrab. n