Débat fort intéressant hier à l’occasion du forum africain organisé à Alger par la Confédération générale des entreprises algériennes (Cgea), avec le soutien de l’Organisation internationale des employeurs (OIE) et Business Africa. Experts, chefs d’entreprises, aussi bien hommes que femmes, présents à ce rendez-vous ont estimé que les perspectives d’une intégration régionale seront sources d’une augmentation de revenus dans de nombreux pays et de développement du commerce interafricain. M. Adnan Boussida, opérateur tunisien, a révélé que le commerce interafricain reste faible. La preuve, la part des exportations de l’Afrique destinée à ses propres marchés ne représentait guère plus de 17,7% du total en 2014, contre 36% vers l’Europe et 23% vers l’Asie. Elle ne constituait en 2017 que 10%, selon M. Adnan Boussida. Pour l’améliorer, la CGEA a proposé de créer un réseau interafricain dénommé «Cercle de leaders africains» dont le but est de promouvoir les échanges interafricains et d’asseoir une croissance durable et une prospérité plus grande. Ce réseau devrait être mis sur pied aujourd’hui au terme de cette réunion. Aujourd’hui, chaque pays africain travaille dans son coin. Or, si nous voulons atteindre des objectifs durables liés à l’économie et au commerce, il faut que les pays du Continent travaillent ensemble à l’établissement d’une stratégie à long terme, qui soit cohérente, efficace, utile et mobilisatrice, impliquant hommes, femmes et jeunes entrepreneurs, et c’est ce à quoi aspire le Cercle des leaders africains, résument les participants à ce forum.
M. Mustapha Mekideche a dans un exposé brillamment présenté expliqué que plusieurs modèles ont été créés pour aider les femmes entrepreneurs autochtones à créer, élargir leurs entreprises et à augmenter leur activité commerciale. Il a cité en exemple la Côte d’Ivoire et le Sénégal, deux pays où les femmes réalisent un progrès en matière agricole. Les experts ont souligné qu’il y a des pays qui veulent particulièrement agir en Afrique où le quart de l’humanité vivra en 2050. L’Afrique est un paradoxe. Elle est numéro deux du dynamisme économique. Sa croissance est estimée à 3% en 2018 et va contribuer de plus en plus à celle du monde. Sa population est la plus jeune de la planète, et ses ressources naturelles abondantes. Mais face à ces atouts considérables, 243 millions d’Africains souffrent de faim, et une famine sans précédent fait son retour dans la Corne de l’Afrique, en raison de conflits armés persistants. L’Afrique a donc tous les moyens de prendre une part active aux objectifs de développement durable des Nations-unies, en éliminant la faim, en faisant de ses femmes le moteur de son agriculture et son économie, et en leur donnant accès aux mêmes ressources que les hommes : éducation, capitaux, terres agricoles, marchés… L’avenir de l’Afrique passe par ses femmes. L’Afrique est un exemple pour le monde en matière entrepreneuriat au féminin. Mme Saleha Boucheloui, femme entrepreneur, présente à ce forum semble, elle, pessimiste, quand elle a évoqué la place de la femme dans le monde de l’entreprise. Elle a avancé une série de chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Le nombre de femmes gérantes d’entreprises inscrites au registre de commerce ne représente que 7,6% du total de la population des chefs d’entreprises en Algérie. Les chiffres diffèrent d’un pays à l’autre. Toutefois, il y a bien des choses qui se font dans ce domaine et qui poussent à l’optimisme. En Afrique, les femmes constituent près de 70% de la force agricole totale et produisent environ 90 % des denrées alimentaires. Leur éducation, leur formation et les mêmes accès aux ressources que les hommes, augmenteront le rendement agricole. L’éducation des filles et des jeunes femmes reste aussi un défi majeur à relever sur le Continent, a conclu Mme Saleha Boucheloui.