La difficulté que rencontre l’initiative du Front de la justice et du développement (FJD), visant à désigner une candidature commune de l’opposition à la présidentielle d’avril prochain, illustre le dilemme dans lequel se trouve l’opposition dans son ensemble. Les clivages et les luttes de leadership empêchent manifestement cette dernière de réaliser ses objectifs.

Même si au niveau du FJD on soutient que l’initiative est sur la bonne voie, les réactions plutôt mitigées des partis concernés attestent clairement d’un exercice qui peine à convaincre. Les vieux démons semblent avoir rattrapé la quête d’une candidature unique de l’opposition. Au FJD, on s’y attelle malgré tout. Mohamed El Amine Saâdi, membre du bureau national et chargé de l’information, ne laisse planer aucun doute quant à son aboutissement. Mais pour des observateurs de la scène politique nationale, l’initiative de Djaballah arrive «dans le temps mort» et, par conséquent, elle n’aboutira pas, une destinée différente de celles lancées antérieurement par des formations politiques de l’opposition. Mais derrière ce constat implacable sur l’incapacité à converger dans l’action, il existe vraisemblablement des facteurs qui ont fait que «l’opposition reste divisée et peu harmonieuse», soulignent des observateurs, pour qui «cela ne date pas d’aujourd’hui et remonte bien au début de l’avènement du multipartisme politique en Algérie».
S’agissant des formations politiques du courant islamiste, les choses ne se présentent pas différemment, selon un membre d’un parti de cette obédience, qui rappelle que durant la présidentielle de 1995, l’ancien président de Hamas, Mahfoud Nahnah, était candidat, mais il n’avait pas bénéficié du soutien d’Abdallah Djaballah qui a préféré l’option du boycott. C’est pour dire à quel point les choses sont compliquées lorsqu’il s’agit de dégager un consensus au sein de l’opposition, note un vieux briscard de la scène politique qui a voulu garder l’anonymat. «Derrière cette division, il y a d’abord le concept d’opposition qui n’est toujours pas vu de manière claire chez les acteurs de l’opposition», souligne-t-il. C’est dans ce sens, par exemple, que le MSP dit appartenir à l’opposition après avoir participé durant 15 ans au gouvernement, ce que lui ont reproché d’autres formations de l’opposition. Par ailleurs, et en plus de cet élément de concept, qui obéit souvent aussi bien aux intérêts politiques qu’aux principes de l’action politique elle-même, on évoque avec insistance la question du leadership qui empêche des partis à s’entendre sur un minima d’actions politiques, notamment quand il s’agit d’une échéance importante. Il n’est pas inutile de rappeler, à cet effet, que durant les élections législatives de 2012, les islamistes ont joué sur une coalition, qui regroupait trois partis, MSP, El Islah et Ennahda, dénommée l’Alliance de l’Algérie verte (AAV). Les résultats n’ont pas été au rendez-vous et la coalition a essuyé un échec. Elle n’a remporté que 66 sièges à la Chambre basse du Parlement, très loin derrière le FLN et le RND. «Après ces élections, le MSP a essayé d’aller vers une coalition plus poussée. C’est ce qui a marché à l’époque avec le Front du changement, dirigé alors par Abdelmadjid Menasra, notamment parce que ce dernier était un ex-cadre du MSP. Mais cela n’a pas réussi avec un parti comme Ennahda, du fait que le MSP voulait la prééminence de sa vision», souligne la même source. Notre source estime, dans ce sens, qu’en sus de ces facteurs, «un consensus nécessite une plateforme politique et une préparation très sérieuse», relevant que l’initiative du FJD pour la présidentielle de 2019 «est arrivée dans le temps mort, elle n’a été lancée qu’à environ un mois seulement de l’expiration du délai de dépôt des candidatures».
La réaction exprimée par le président du RCD, Mohcine Belabbas, à l’égard de l’offre du FJD, est très illustrative. «Je ne pense pas que c’est une démarche de conviction, même au sein de son parti. Qu’est-ce qui fait courir
M. Djaballah ? Je ne sais pas», a déclaré le chef du RCD.n