«Au commencement était le verbe», pour paraphraser une citation religieuse célèbre. Puis ce même verbe devint violent, puis, il a été accompagné par des gestes, tous aussi violents que le verbe originel. Une violence que l’on retrouve dans toute société, mais qui, sous nos latitudes, s’exprime dans nos campus. L’actualité, ces jours-ci, a été caractérisée par une inhumanité certaine sur des lieux censés être du savoir suprême. Il y a eu des accidents, il y a eu des incidents, et il y a eu des agressions. Il y a eu des morts. Des jeunes qui ne demandaient que le savoir, rien que le savoir.
Le premier de la liste macabre a été un jeune de 25 ans originaire d’El Harrouch, une daïra à mi-chemin entre le chef-lieu de wilaya, Skikda, et Constantine, là où le jeune étudiait pour devenir un futur cadre de l’Algérie. Un chauffard en a décidé autrement en mettant fin à sa courte vie, juste à la sortie du campus de Zerzara, fief des futurs ingénieurs en construction et architectes. Un second, un Palestinien, du même âge, a été électrocuté non par un tazer d’un soldat israélien, mais par un fil électrique bien algérien qui pendouillait sur le mur qu’il escaladait pour regagner sa chambre universitaire.
Le troisième, un Zimbabwéen, préparait déjà ses valises pour retourner à son pays natal. Avant, il était juste sorti du campus pour aller manger. Des voyous en quête d’un mauvais coup ont abrégé son existence.
Sécurité, avez-vous dit ?
Le dernier de la liste funèbre, un étudiant en médecine de la wilaya de Bordj Bou Arréridj, a été tout simplement massacré dans sa chambre dans la mythique cité universitaire de Ben Aknoun, à Alger. L’assassin serait un «ami» de la victime.Quatre étudiants, quatre destins brisés, comme d’autres avant eux, dans des campus où, normalement, on dispense l’érudition. Cette violence pas ordinaire à l’encontre des étudiants, au sein même de leur campus, ne date malheureusement pas d’hier. Elle a commencé avec l’avènement de l’université algérienne dans les années 60, où les différentes factions politiques d’une jeune nation se disputaient, déjà, les espaces culturels et politiques dans les deux ou trois universités que comptait le pays.
Les années 80 verront l’apparition d’un islamisme qui n’était déjà plus rampant, et où les barbus se
« payaient » des étudiants en sciences économiques ou en langues étrangères, censés être des athées-marxistes, représentant, à leurs yeux pleins de khôl et à leur cœur plein de haine, des suppôts de Satan à la solde des mécréants occidentaux. La violence a décuplé avec l’apparition des syndicats d’étudiants, pratiquement tous affiliés à des partis politiques, islamistes ou autres.
Les batailles rangées que l’on croyait l’apanage des gangs de voyous prenaient, dès lors, place dans les universités algériennes plus nombreuses que les wilayas elles-mêmes. Parmi les organisations syndicales estudiantines on retrouvait des « étudiants » âgés de plus de trente ans, résidant dans une chambre universitaire depuis plus de 15 ans. Un certain éphémère ministre du Tourisme a été de ceux-là. La sécurité dans les enceintes universitaires, censées être sacrées, devenait aussi caduque que la qualité de l’enseignement et des repas servis aux étudiants.
Ces derniers voyaient leurs résidences violées quotidiennement par des individus qui faisaient la loi sur les campus. Ce ne seront pas les quelques agents de sécurité, désarmés et non formés, qui iront s’opposer aux méfaits des arsouilles qui évoluaient en terrain conquis. D’ailleurs, ces mêmes agents de sécurité ne s’occupaient que des couples qui se bécotaient, pas «sur les bancs publics» mais loin des regards indiscrets. De tout cela, un constat s’impose. L’étudiant, algérien ou étranger, n’est plus en sécurité dans les campus universitaires algériens. Le ministre de l’Enseignement supérieur devrait s’en occuper, s’en inquiéter, même si, pour lui, « des prix Nobel issus de l’université algérienne » ne l’intéressent pas.n