Le général-major à la retraite Ali Ghediri, candidat à la présidentielle d’avril prochain, croit en son destin national et au projet qu’il compte proposer aux Algériens. Il déclare que la candidature du président sortant, Abdelaziz Bouteflika, effective depuis dimanche dernier, ne lui fera pas changer d’avis et que ses ambitions présidentielles comme ses objectifs de réforme demeurent les mêmes.
La motivation qui le guide, affirme-t-il, est  « l’envie de changement » chez le peuple, un sentiment qui, ajoute-t-il, est au cœur de ses convictions politiques et du désir de conquérir la magistrature suprême.
S’exprimant avant-hier sur la chaîne de télévision américaine Al Hurra, l’ancien grand officier de l’ANP annonce ne pas se soucier de la candidature du président de la République sortant ni de l’effet, dissuasive disons-le, qu’elle produit déjà au sein d’une grande partie du champ politique national et des prétendants à El Mouradia. « Je ne fais pas de lien parce que mon objectif n’est pas Bouteflika, mais la présentation d’un projet au peuple algérien. Bouteflika est le candidat du pouvoir, moi, je suis le candidat du peuple », a-t-il soutenu par une formule qui fleure bon le discours de campagne mais qui semble surtout résumer l’état d’esprit combatif de son état-major électoral.
Estimant que le peuple « en a assez de ce pouvoir » et qu’il « veut un changement et un renouvellement », M. Ghediri cherche à ratisser large. Il insiste qu’il n’est « le candidat d’aucune aile du pouvoir, ni en dehors du pouvoir ». Sur la relation qu’il entretiendrait avec l’institution militaire et où il aurait des soutiens et des « sponsors » discrets, il a affirmé que le lien qu’il a gardé avec la « Grande muette » est celui du retraité qui a servi dans ses rangs et où il a accompli toute sa carrière, affectif, donc, mais de reconnaissance aussi. « J’ai été militaire, maintenant je suis à la retraite. Je profite de tous mes droits y compris ceux de me porter candidat à la présidentielle. Ma candidature s’inscrit dans le cadre de la Constitution », a-t-il souligné par ailleurs, sans doute pour rappeler qu’il est désormais un civil et lever les incompréhensions qui ont circulé au sujet de son ancien statut de haut officier de l’armée.
Invité à dévoiler son programme électoral, le candidat Ali Ghediri a estimé qu’il était « encore tôt » pour le porter sur la place publique, soulignant qu’au moment opportun, tout le monde « verra que j’ai bel et bien un programme riche et important».
En qualifiant ainsi ce qui va être sa feuille de route électorale, Ali Ghediri semble répondre à ses détracteurs. En particulier, au président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, qui a déclaré récemment que la candidature de l’ex-général-major à la retraite ne présente aucun projet. M. Ghediri s’est exprimé également sur les partis de l’Alliance présidentielle, qui ne représenteraient rien en termes d’audience populaire, selon lui, estimant que «le poids de ces partis n’excéderait pas les 20% au maximum». Sur ce registre, et s’agissant de sa propre visibilité sur le terrain, le candidat à la candidature pour la magistrature suprême a dit sans crainte d’être contredit : « Je n’ai pas de base partisane, mais j’ai une base populaire», expliquant qu’il s’adresse aux jeunes qui représentent 70% du peuple algérien et à l’élite qui est envahie par le désespoir ».
En ce qui concerne les consultations avec les acteurs du champ politique, M. Ghediri a évoqué également la rencontre qu’il a eue récemment avec le président du Front pour la justice et le développement (FJD), Abdallah Djaballah, en vue d’une seule candidature de l’opposition. «J’ai discuté avec lui et avec d’autres représentants de l’opposition.
Le sujet ne portait pas seulement sur la désignation d’un candidat représentatif de l’ensemble de l’opposition », a-t-il expliqué, ajoutant avoir parlé « des élections sans nous concentrer sur un point précis ». Sur la recherche par le FJD d’une candidature commune de l’opposition, M. Ghediri est resté ouvert, « évasif », diront ses adversaires, en promettant une réponse quand « la question d’un candidat unique de l’opposition sera posée », relevant qu’il n’est «pas contre l’opposition si elle veut s’entendre sur un plan ». A propos de l’offre d’une réforme profonde lancée par M. Bouteflika dans son message de candidature, M. Ghediri dira que «si je réponds, cela veut dire que je reconnais la victoire de Bouteflika alors que je suis décidé à gagner ». A propos du chef de l’Etat sortant et de sa décision de rempiler pour un cinquième mandat, M. Ghediri a estimé que «c’est un homme qui a gouverné le pays pendant vingt ans dans des conditions économiques favorables sans précédent dans l’histoire du pays.
Il n’a rien fait, il n’a mené aucune réforme. Va-t-il faire tout cela dans les cinq prochaines années alors qu’il est malade et que le prix du pétrole est en dessous de 50 dollars et le nombre des habitants en hausse ?»
Il a ajouté que les réformes « ne peuvent pas être menées avec les mêmes visages qui ont pratiqué le pouvoir durant les quatre mandats de Bouteflika », estimant que les jeunes demandent un changement du mode de gouvernance en Algérie et réclament de nouvelles têtes pour une vie meilleure ».
Sur un autre fait, et confirmant avoir été empêché d’assister à l’enterrement de Abdelmalek Guenaizia, ancien ministre délégué auprès du ministère de la Défense, M. Ghediri a choisi de ne pas s’étaler sur cet incident qui a enflammé les réseaux sociaux par des réactions contradictoires. Il a indiqué ne pas avoir « cherché à savoir pourquoi et je n’ai demandé à personne de me donner des explications ».<