Le ministère des Affaires étrangères compte mettre en place une plateforme numérique regroupant toutes les institutions régionales et internationales chargées de faciliter les échanges intra-africains. Le rapport 2018 du cabinet de conseil et d’audit financier Ernst and Young, qui s’appuie sur des statistiques et chiffres de 2017, a mis l’accent sur l’importance du marché africain. L’année dernière a marqué un «tournant dans le développement africain», note le document présenté, lundi à Alger, par Bruno Messerschmitt, avocat-partenaire en charge de l’Afrique, lors de la 14e rencontre du club export du World Trade Center Algérie. Par tournant, il est fait référence à une hausse de 6% des IDE, la venue de nouveaux investisseurs étrangers et l’émergence de secteurs rentables à long terme comme la construction et l’industrie et les énergies renouvelables. L’orateur a souligné que l’Algérie peut s’appuyer sur les avantages comparatifs de ses exportations et que «les investisseurs algériens ont une place à prendre dans le marché africain». Pour ce faire, ils auront besoin d’un accompagnement notamment en termes de modalités de financement, de rapatriement et de contrôle des changes. D’autre part, Me Messerschmitt a souligné que l’Algérie a gagné deux places en 2017, avec 24 investissements directs en Afrique contre 17 investissements en 2016. Les Etats-Unis (130 projets), la Grande-Bretagne (72 projets), la France (61), la Chine (54) ont été les premiers investisseurs étrangers en Afrique en 2017. Egrenant les atouts du continent, le document fait référence à un PIB de 2 700 milliards dollars (mds USD), qui devrait atteindre 20 000 mds USD en 2050, et une population qui devrait arriver à 2,5 milliards d’habitants, deux paramètres qui feront de «l’Afrique un des marchés les plus prometteurs dans le monde». Par ailleurs, le rapport a énuméré les entraves rencontrées sur le marché africain. Entre autres l’informel, qui représente entre 40 et 60% du PIB africain, le harcèlement fiscal, la forte dépendance aux matières premières, ainsi que la faiblesse des échanges intra-africains, qui ne dépassent pas les 20%, au moment où les pays d’Europe enregistrent des échanges à hauteur de 70%. Outre ces difficultés, certains exportateurs ont, dans leur témoignage, conscience de l’importance du marché africain, mais pointes du doigt les entraves bloquent le développement des échanges, à savoir le faible accompagnement bancaire, la rigidité de la réglementation ainsi que le problème majeur de la logistique. Le directeur général (CEO) du WTC Algérie, Ahmed Tibaoui, a indiqué que le potentiel du marché africain impose à l’Algérie d’y aller avec une stratégie efficace. De son côté, Mme Mokrani, chargée de la coopération économique au ministère des Affaires étrangères, a déclaré que le département qu’elle représente œuvre à la mise en place d’une plateforme numérique regroupant toutes les institutions régionales et internationales chargées de faciliter les échanges intra-africains. Dans son intervention, Mohamed Boukhari, économiste, a souligné que les opérations d’exportation nécessitent un savoir-faire, des frais spécifiques lourds, une confrontation à de nombreux intermédiaires et une prise de risques élevée. Outre le manque d’infrastructures, les barrières tarifaires et non tarifaires et que l’instabilité politique dans de nombreux pays africains. Dans le même contexte, il préconise une «stratégie d’internationalisation qui consiste à cibler des marchés de niche, ou micromarchés, délaissés par les grandes entreprises, de mettre en œuvre une politique nationale de formation et d’innovation, et de développer des partenariats entre l’université et l’entreprise».