Le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, a estimé, lors de son passage hier au forum d’El Chaâb, que la règle du 51/49 relative à l’investissement étranger en Algérie n’est pas un texte sacré et que l’Etat est disposé à la revoir dans le fond, si l’intérêt de l’Algérie le dictait. Une telle idée de la bouche d’un ministre comme M. Yousfi est certainement iconoclaste. Au plan de la forme, sa déclaration est cependant formulée en des termes très généraux et peu engageants. Pour l’instant, en effet, il n’y a rien de prévu concernant un projet de révision de cette disposition relative à l’investissement direct étranger en Algérie. Par ailleurs, il faudra être attentif aux déclarations engageantes et aux effets d’annonce qui vont fleurir à l’approche de l’échéance électorale. Et il y a fort à parier que la « désacralisation » d’une disposition défendue bec et ongles par les gouvernements depuis près d’une décennie est à mettre sur le compte de la précampagne qui s’est installée. Elle n’est donc pas à mettre sur le compte de la volonté du ministre de s’engager dans des réformes réglementaires pour rendre attractif l’investissement dans le pays.
M. Yousfi a en fait répété ce que d’autres membres du gouvernement avaient déjà relevé, en expliquant que la législation n’est pas figée et que les opérateurs étrangers ne se sentent pas découragés par cette règle. Comme d’autres ministres, il fait mine de ne pas constater les « dégâts » causés par cette réglementation. La preuve, durant le premier semestre 2018, le nombre de projets d’investissement déclarés par les étrangers auprès de l’Agence nationale pour le développement des investissements Andi, n’a pas dépassé 11 dossiers. Ce qui représente 0,54% du volume global. Insignifiant ! Ce chiffre traduit un grand désintéressement des partenaires de l’Algérie pour l’investissement dans le secteur de la PME malgré les avantages accordés par les autorités en matière fiscale, foncière… Du côté des pays partenaires, et même si on relève, pour des raisons de convenances diplomatiques et politiques, que l’Algérie reste un acteur important dans la région, on estime toutefois que la franchise est capitale et la critique n’est pas forcément contre-productive, mais peut grandement contribuer à mettre en évidence des problèmes et à leur trouver des solutions. On souligne souvent qu’une révision de la règle du 51/49 renforcera l’investissement étranger en Algérie, car elle n’est pas de nature à encourager l’investissement étranger en Algérie. Et qu’il y a nécessité de resserrer les liens économiques et d’encourager la promotion des partenariats avec les investisseurs étrangers dans tous les domaines. Pour le moment, il n’y a rien de nouveau dans ce dossier, le gouvernement ne compte pas toucher à cette disposition. Et la création de sociétés mixtes continuera à se faire conformément à la réglementation régissant l’investissement étranger dans le pays qui accorde une prise de participation de 51% à l’investisseur national et 49% au partenaire étranger. Même la loi en projet sur les hydrocarbures maintient cette règle qualifiée de « cardinale » par certains dogmatiques. Récemment, le ministre de l’Energie déclarait d’ailleurs que, s’agissant de la règle 51/49 appliquée aux investissements étrangers, cette disposition restera de mise et que nous travaillons dans le cadre de celle-ci. Dans le secteur pétrolier, on ne pense pas que cette règle soit une réelle entrave aux investissements étrangers. Il est tout à fait possible, dit-on, d’attirer des partenaires étrangers et de relancer l’investissement sans pour autant changer ce principe qui exige une participation algérienne majoritaire dans tout partenariat économique et commercial. Et on estime que ce qui doit impérativement être revu pour attirer plus de partenariats étrangers est l’aspect fiscal qui doit être rééquilibré.<