Cet appel a été lancé hier par le directeur du Centre national de climatologie. Dans un entretien à l’APS, Salah Sahabi Abed réagissait suite aux dégâts occasionnés récemment par les inondations et dommages auxquels les collectivités locales ne s’étaient visiblement pas préparées. Affirmant que 80% des prévisions des services météorologiques se sont avérées exactes, il a exhorté toutes les parties concernées à accorder leur intérêt et leur attention au travail effectué par les services du centre de climatologie. Dans ses déclarations, il a indiqué qu’il y a aujourd’hui «nécessité de prendre en considération les prévisions de l’Office national de la météorologie (ONM), y compris les prévisions saisonnières, quotidiennes et les bulletins météorologiques spéciaux (BMS), en vue de prendre les mesures nécessaires pour faire face aux conséquences météorologiques extrêmes qui deviennent de plus en plus fréquentes». La culture du «temps qu’il fait» doit s’imposer selon lui dans notre pays où, malgré un intérêt accru pour les nouvelles du ciel et un engouement pour les «bulletins météo» à la télé et à la radio, beaucoup demeurent sceptiques, pour des raisons religieuses et par réflexe de paresse face aux responsabilités qu’ils doivent assumer. L’appel du directeur du Centre national de climatologie est conforté par les prévisions annoncées au mois de novembre dernier, lorsqu’on s’est inquiété de la menace d’une sécheresse, et qui se sont avérées conformes aux chutes de pluie enregistrées récemment dans le pays. Ces précipitations ont atteint des quantités «record» dans certaines régions
de l’Est du pays, a affirmé hier
M. Sahabi. Le responsable précise qu’«hormis les quantités importantes de neige enregistrées notamment dans l’Est du pays, le cumul des précipitations enregistré au niveau de Annaba en l’espace de trois jours, au 25 janvier, reste le plus important depuis octobre 1983, où on a atteint les 150 mm ». Salah Sahabi Abed, a précisé également, que « la quantité de pluie tombée en l’espace de trois heures le 24 janvier dernier, qui était de l’ordre de 33 mm, est également la plus importante durant trois jours de pluie continue depuis cette date ». Skikda n’est pas en reste, puisque la région a connu durant la même période une quantité « avoisinant les 80 mm en trois jours, qui reste la plus importante depuis 2010 ».
« Instabilité » et « pluviosité importante »
« L’intensité maximale de pluie au courant de ces trois jours a dépassé les 30 mm le 24 janvier 2019 », a-t-il relevé. Constantine a, pour sa part, enregistré « plus de 50 mm » de pluie durant cette même période, a-t-il ajouté, notant que « le ruissellement très important en zone imperméable urbanisée ajouté aux causes naturelles liées aux aléas climatiques et phénomènes météorologiques (pluies torrentielles) sont souvent à l’origine des inondations». Evoquant les intempéries qui affectent le pays, il a relevé que «ce qui est exceptionnel c’est la persistance des pluies qui ne laisse pas le temps au sol d’absorber l’eau, son ruissellement et son drainage, ce qui augmente les risques d’inondations». La recrudescence des phénomènes extrêmes, comme évoquée par le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec),
« sera de taille », a souligné M. Sahabi, soulignant que l’Algérie, à l’instar des pays de l’Afrique du Nord, « connaîtra de plus en plus de phénomènes extrêmes attribués au changement climatique ». « Les projections climatiques à l’horizon 2050 pour un scénario moyen des gaz à effet de serre prévoient une diminution sur les totaux annuels de pluie pour l’Algérie, mais en même temps une augmentation dans la fréquence des intensités exceptionnelles de précipitations, c’est-à-dire une forte quantité de pluie en laps de temps réduit, tout comme les longs épisodes caniculaires, de sécheresse», a-t-il noté. Dans un forum d’experts qui s’est tenu récemment en Egypte, les climatologues ont conclu que les prévisions portent sur des « conditions d’instabilité et donc de
pluviosité importante sur le sud de l’Europe et les régions côtières de l’Afrique du Nord », avec une « tendance probable à un déplacement vers le sud des systèmes de basses pressions pour l’hiver 2018/2019 qui seront associés à des perturbations génératrices de pluies et de conditions humides ».<