Après la vague d’indignation et de réactions suscitée par le meurtre de l’étudiant zimbabwéen à Annaba, l’Observatoire algérien des migrations (OAM), créé récemment par des associations, fait entendre sa voix.
Condamnant fermement « l’agression abjecte et lâche » qui a conduit à l’assassinat de l’étudiant Prosper Ndudzo, de nationalité zimbabwéenne, l’OAM tient à préciser d’emblée, dans un communiqué, que « la victime a succombé à ses blessures après avoir perdu beaucoup de sang ». Un détail qui n’est pas sans importance. l’Observatoire s’indigne, comme la communauté des étudiants étrangers à Annaba, de ce qu’il qualifie d’« indifférence des passants, du retard dans les secours et de la prise en charge sommaire par les services sanitaires de la victime».
Indirectement, l’OAM cherche à situer les responsabilités dans ce drame qui a secoué la commune de Sidi-Amar dans la wilaya d’Annaba en fin de semaine. Loin du fait que le meurtre soit commis par trois délinquants, qui ont d’ailleurs été interpellés par les services de sécurité, selon certains médias, les circonstances de l’intervention que l’on estime « tardive » ne semblent pas avoir échappé à l’OAM.
Cet observatoire, créé en décembre 2018 lors de la troisième édition du séminaire organisé par l’association RAJ sur les migrations, est composé de plusieurs ONG, à l’instar de la Laddh, avec ses deux ailes, la Ladh, le mouvement des chômeurs (Cnddc), RAJ, le Cddh de Béjaïa, SOS Disparus, Tarwa n’Fadhma n Soumer, d’activistes, de juristes et d’autres acteurs de la société civile. Pour l’OAM donc, la Sûreté de wilaya d’Annaba a commis « une grave faute de communication » qu’elle dénonce. Il s’agit de l’utilisation du qualificatif de nationalité «africaine» pour la victime « oubliant ainsi la position géographique de l’Algérie et créant une sorte de discrimination à l’encontre des étudiants étrangers », fait-on remarquer dans le communiqué.
L’Observatoire algérien des migrations, tout en condamnant « avec force ce meurtre horrible », présente à la famille du défunt ainsi qu’à la communauté estudiantine étrangère en Algérie ses condoléances les plus sincères. Il exige  « l’ouverture d’une enquête sur les circonstances exactes » en plus
d’« un jugement exemplaire des assassins ». L’OAM, depuis sa création, s’est donné comme ambition « de documenter, clarifier les enjeux, alerter et dénoncer ces atteintes, rendre visibles les solidarités et les fédérer pour agir ensemble, et proposer des alternatives garantissant les droits et la dignité humaine des migrants », selon sa déclaration de constitution, ne s’arrête pas là. Ce meurtre semble être un moment pour faire le constat et tirer la sonnette d’alarme. Deux cris sont alors lancés à l’occasion. D’abord aux pouvoirs publics, que l’OAM interpelle « sur la recrudescence des violences physiques et verbales à l’encontre des Africains de peau noire ». En second lieu, à la société et aux organisations de la société civile appelées « à se mobiliser pour lutter contre toutes les formes de violence, discriminations, xénophobie et racisme afin d’inculquer dans notre société les valeurs de paix, de solidarité, de tolérance et du vivre ensemble ».
L’OAM, très indignée par cet assassinat, le clame haut et fort. Le meurtre du jeune Prosper Ndudzo, 22 ans, étudiant en master 2 en électromécanique à l’université Badji-Mokhtar d’Annaba, relance plus que jamais le débat autour des conditions d’accueil des migrants réguliers et irréguliers en Algérie et les « injustices » dont ils font l’objet parfois.