Moins de 48 heures après l’agression abjecte et lâche sur un étudiant de nationalité zimbabwéenne, les services de la Sûreté nationale ont appréhendé, dans la soirée de jeudi, trois suspects âgés de 19 et 20 ans. Alors qu’il était sorti faire quelques courses en compagnie de son ami, Prosper Ndudzo, 22 ans, a été agressé par trois individus munis d’armes blanches. Le jeune étudiant a reçu un coup de couteau à la cuisse gauche, provoquant une sérieuse hémorragie. Les trois agresseurs ont pris la fuite en emportant avec eux le téléphone portable de la victime. Son compagnon, qui cherchait à appeler une ambulance a bien tenté de demander de l’aide aux automobilistes qui «passaient sans s’arrêter», alors que Prosper Ndudzo gisait dans une mare de sang. Son ami a fini par se rendre en courant au commissariat de police. «L’arrivée tardive de l’ambulance, conjuguée à une mauvaise prise en charge médicale au niveau de l’hôpital d’El-Hadjar ont eu raison de Prosper», témoigne son compagnon, qui accuse les médecins de ne pas avoir sérieusement pris en charge la victime.
Les étudiants étrangers s’insurgent
Après l’assassinat lâche et abject dont a été victime Prosper Ndudzo, étudiant en master 2 en électromécanique à l’université Badji-Mokhtar Annaba, la communauté des étudiants étrangers de Annaba a organisé plusieurs marches et manifestations au niveau de la commune de Sidi-Amar, où a été agressé leur ami. Le but de ces manifestations est de «montrer aux pouvoirs publics algériens, avec à leur tête les forces de l’ordre », qu’ils ne comptent pas «rester les bras croisés face aux nombreuses agressions » dont ils sont victimes quotidiennement. «Nous nous sommes plaints à plusieurs reprises et nous avons demandé à ce que des policiers soient mis en faction devant l’entrée du campus universitaire, mais rien n’a été fait. Nos doléances sont restées au stade de plaintes sans suites», ont-ils indiqué.
La LADH dénonce le laxisme de la police
De son côté, le bureau local de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADH) a condamné fermement cet assassinat «lâche et abject» tout en mettant à l’index le «laxisme» des services de police de Sidi-Amar, qui auraient pu éviter ce drame s’ils avaient pris dès le début les mesures qui s’imposent. «Au-delà de l’agression, qui est peut-être le résultat d’actes xénophobes, la LADH dénonce le laxisme des forces de l’ordre de Sidi-Amar, qui ont reçu de la part des étudiants étrangers des dizaines de plaintes dénonçant des agressions à l’entrée de leur cité universitaire et demandant à ce que des policiers soient mis en faction devant le campus universitaire pour assurer la sécurité de milliers d’étudiantes et d’étudiants d’une cinquantaine de différentes nationalités», peut-on lire dans le communiqué de presse envoyé par cette ONG. «Un laxisme qui a conduit à la mort d’un étudiant brillant qui n’était pas rentré dans son pays depuis près de trois ans et qui attendait d’obtenir son diplôme en juin pour aller voir sa famille et retrouver son pays. Un laxisme qui met encore une fois l’Algérie dans la ligne de mire des différentes ONG qui n’hésiteront pas une seconde à parler de racisme et de xénophobie. Un laxisme qui commence déjà à faire couler de l’encre chez les détracteurs de l’Algérie», estime encore la LADH.
« On essaie de calmer
les esprits »
Pour désamorcer la situation, des représentants de l’ambassade du Zimbabwe en Algérie, du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique chargé des étudiants internationaux ont été dépêchés à Annaba dans la soirée de jeudi. Une réunion s’est tenue au siège de la wilaya entre les deux responsables et les représentants des étudiants internationaux à Annaba, en présence du wali Toufik Mezhoud et du recteur de l’université Badji-Mokhtar Annaba. Cette rencontre était axée sur la sécurité au niveau du campus universitaire de Sidi-Amar où résident la majorité des étudiants internationaux de Annaba. Par ailleurs, une lettre de condoléances au nom de la communauté universitaire a été remise à la famille de la victime.n