Le courant islamiste, qui aborde le scrutin présidentiel d’avril prochain en rangs dispersés, constituera à ne point douter une des attractions des observateurs. Aussi bien pour ce qui est de leur capacité de mobilisation des populations que de leur disposition à fédérer leurs troupes. Aujourd’hui, des partis du courant abordent la présidentielle dans la peau de l’allégeance alors que d’autres s’inscrivent dans l’opposition.
Pour le professeur Rabah Lounici, écrivain et enseignant en histoire contemporaine à l’université d’Oran, les islamistes étaient déjà divisés par la différence, voire l’incompatibilité de leurs référents, avant que la divergence d’intérêts n’accentue cette division. «Les islamistes cherchent à attirer le peuple à travers leur appartenance à l’opposition», a-t-il analysé, tout en rappelant des faits selon lesquels les islamistes étaient «divisés avant 1988, c’est-à-dire au temps de la clandestinité, vu les tendances idéologiques différentes que compte le courant, dont les frères musulmans, les salafistes…. ». Pour l’universitaire, il ne fait pas de doute que des formations politiques parmi les islamistes intègrent le gouvernement, ce sont les conflits d’intérêts qui commencent, ce qui explique le divorce entre ces partis de même obédience. M. Lounici estime que c’est le rapport d’alliance, entretenu antérieurement par Bouguerra Soltani avec le gouvernement, qui a poussé présentement Abderrazak Makri à participer à la prochaine élection présidentielle. Pour lui, M. Makri cherche à son tour à revenir dans le giron du pouvoir.
Relevant que la pratique démocratique pour les partis islamistes ne constitue pas plus qu’un « outil », l’universitaire considère que la notion de démocratie diffère d’un parti à l’autre. A ce titre, il estime que «les islamistes extrémistes ne croient pas en la démocratie. Ils la considèrent comme un courant occidental». Les autres partis islamistes, mais qui ne sont pas dans la logique de l’extrémisme, comme le MSP, croient en la démocratie comme « moyen » pour gérer leurs contradictions. «Ils n’ont pas foi en la démocratie, ils ne sont pas convaincus. Pour eux, ce n’est qu’un moyen pour rester sur la scène politique, pas plus. S’ils prennent le pouvoir, ils vont aliéner totalement la démocratie», ajoute l’universitaire.
Soutenant que M. Makri, candidat à la candidature au nom du MSP, «chercherait le soutien de l’ex-parti islamiste dissous (le Front islamique du salut)», M. Lounici relève, également, que «les partis islamistes et ceux de l’Alliance au pouvoir essayent toujours d’attirer les éléments du FIS dissous sans le montrer clairement sur l’espace public».
C’est pour cela, ajoutera-t-il, que ces islamistes détiennent aujourd’hui, une grande base avec notamment des «cellules dormantes» assez présentes dans la société. Pour lui, ces cellules «sont bien présentes et n’attendent que l’occasion propice pour se manifester», précisant, cependant, s’agissant des intentions de vote au scrutin d’avril prochain, que «les islamistes du courant radical n’allaient pas voter pour le MSP, parce qu’ils pensent que ce parti a soutenu le gouvernement dans l’arrêt du processus électoral en 1992».
M. Lounici est convaincu que même si le peuple «ne voterait pas pour le MSP, cela ne veut pas dire que les Algériens ne soutiennent pas les partis islamistes». «Le courant islamiste radical est enraciné dans la société. Nous pouvons dire qu’il est caché ou voilé. Et c’est là qu’est le vrai grand problème», a-t-il fait remarquer.