Animatrice infatigable de l’un des plus anciens rendez-vous dédiés à la littérature, depuis seize ans, œuvrant à la présentation d’auteurs, tant romanciers que poètes, Fouzia Laradi, également attachée culturelle auprès de l’Etablissement art et culture, poète et écrivaine, est revenue pour Reporters sur la naissance et la poursuite des activités des «Mercredis» et « Lundis » du verbe. Des rendez-vous organisés par l’Etablissement art et culture de la wilaya d’Alger à la médiathèque Bachir-Mentouri d’Alger.

Reporters : Les rencontres que vous organisez sont certainement les plus anciens rendez-vous littéraires toujours en activité, comment cette initiative a-t-elle débuté ?
Fouzia Laradi : En fait, dès le début des années 2000, j’avais proposé ce concept à l’Etablissement art et culture, une structure qui existait depuis un certain temps, et c’est comme cela que les activités ont réellement commencé dès l’année 2003. Depuis, le travail ne s’est jamais arrêté. Je pense que cela a été possible et s’est réalisé assez simplement. Je dirais aussi que ce fut grâce à la passion pour le livre, pour la littérature, que je cherche à partager avec le grand public. A chaque rendez-vous nous avons découvert, ensemble, ce qui se passe sur la scène culturelle, mais depuis 2013, cela a aussi été l’occasion pour les gens de se rencontrer. Pour moi, que le public soit présent et que l’on partage des idées, que l’on crée des choses… c’est cela le véritable objectif. Ouvrir ce type d’espace à la société est très important, cela apprend aux gens à s’écouter, à échanger des points de vue sans haine, à cohabiter…
L’une des particularités de vos rencontres littéraires est aussi de mettre en avant des auteurs peut-être pas très connus. Comment se fait le choix des invités ?
Oui, c’est exactement notre but, faire connaître et médiatiser ces écrivains. Souvent, ce sont les auteurs eux-mêmes qui viennent directement me voir pour demander à participer à nos rendez-vous. Mais je travaille aussi avec les maisons d’édition qui m’envoient les listes de leurs écrivains et leurs nouvelles publications. Ce qui fait qu’en seize ans, nous avons reçu des centaines de romanciers, d’écrivains, certains très connus d’autres moins. Beaucoup ont, en fait, démarré leur carrière littéraire chez nous. Et aujourd’hui, c’est un plaisir de les rencontrer et de les voir évoluer

De telles manifestations restent rares, c’est portant un « plus » pour le marché du livre…

Oui, ce type de rendez-vous est, à mon sens, positif pour le travail des maisons d’édition et, plus généralement, pour l’ensemble du marché du livre. L’éditeur fait connaître son produit, l’écrivain se construit un nom. Mais cela nécessite aussi l’accompagnement de la presse. Et à ce titre, des journalistes nous ont accompagnés depuis ces 16 ans, ils sont devenus des membres à part entière de notre travail (…) Pour moi, ce rendez-vous est une grande famille. Par ailleurs, « Les Mercredis » et « Les Lundis» du verbe restent ouverts aux écrivains indépendants, à ceux qui publient à compte d’auteur, et ils sont nombreux. Nous restons à leur écoute, ils peuvent nous contacter même si leur livre est sorti il y a deux ou trois ans, il est toujours nécessaire d’en parler.

Ces dernières années, les rendez-vous que vous animez ont changé d’adresse, quelle impact sur leur fréquentation ?

En fait, l’espace Bachir-Mentouri n’a jamais cessé de proposer des activités culturelles, seulement pour l’organisation des deux rendez-vous permanents, «Les Mercredis du verbe» et «Les Lundis du verbe», c’est uniquement pour des raisons techniques dues à la restauration du lieu. Il a fallu à un moment donné les transférer à l’espace de la rue Didouche-Mourad. Mais à partir de Yennayer de l’année passée, nous sommes de retour dans notre espace « historique ». Nous avons également été motivés en cela par notre public. Beaucoup me disent qu’ils s’y sentent plus à l’aise et qu’ils préfèrent cet espace ouvert sur la rue. Malgré ce léger changement, nos activités sont permanentes depuis seize ans ; nous avons toujours notre public fidèle et la presse nous suit à chaque rendez-vous.

Au départ, le rendez-vous était programmé les lundi et mercredi. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

Oui, en parallèle du déménagement, il a fallu revoir le programme. Nous avons, depuis, conservé le rendez-vous hebdomadaire du mercredi, mais modifié celui du lundi en l’organisant une semaine sur deux. Mais dans tous les cas, nous n’avons pas voulu toucher à la tradition de nos rencontres. Cette tradition est, à mes yeux, ce qu’il y a de plus important. Il est très facile de faire un programme, mais l’enjeu est d’être capable de le pérenniser.

Sur un autre plan, lorsque l’on évoque les rendez-vous, on pense également à son animatrice. Comment voyez-vous votre travail, surtout que vous êtes également romancière et poète ?

Il est vrai que se sont deux casquettes que je porte, mais elles ne sont pas très éloignées l’une de l’autre. Je reste dans la littérature, l’art, la création. Une partie de moi, écrivaine, est toujours présente quand j’anime une rencontre. En fait, je crois même que j’ai une immense chance d’animer ces rendez-vous. J’aime ce que je fais. C’est aussi pour cela que j’ai pu continuer durant seize ans. De telles discussions sont des découvertes continues à chaque fois que je rencontre un artiste, un écrivain… Echanger, c’est aussi relativiser les choses, on se rend compte que nous ne sommes qu’une goutte dans un océan. Quant à l’impact sur mon travail d’écriture, peut-être qu’organiser et animer les rencontres prend du temps que je pourrais dédier à l’écriture, mais je ne le regrette pas. Cet espace d’art et culture a permis à des jeunes de lancer leur parcours et cela est en soi un accomplissement. Je crois que c’est un devoir, et un devoir n’est jamais occasionnel. Il est au quotidien.

Un regret, cependant, l’impression que votre travail n’est pas suffisamment mis en avant, qu’en pensez-vous ?

La médiatisation se fait par le département communication de l’Etablissement art et culture, mais la structure a aussi d’autres activités, d’autres événements à mettre en avant, des expositions, le cinéma… d’autant que l’établissement art et culture a plusieurs espaces de proximité à gérer. Par ailleurs, même si l’on peut estimer que nous ne médiatisons pas suffisamment nos rendez-vous, je crois aussi qu’en seize ans d’activité, tous ceux qui s’intéressent à la scène culturelle connaissent « Les Mercredis du verbe ». Par ailleurs, nous comptons aussi sur la fidélité de notre public. C’est bien souvent grâce à lui que d’autres personnes découvrent ce que l’on fait. J’estime que cela complète le travail de la presse, nous avons tous le même objectif.