Au lendemain de l’annonce de la mort de la veuve de Maurice Audin, une autre figure du militantisme pour l’indépendance de l’Algérie avait droit à des hommages. Frantz Fanon, mort il y a plus de 57 ans, était ainsi au centre d’une rencontre qui s’est déroulée à la faculté des sciences de l’information et de la communication à Ben Aknoun, Alger. C’était à l’occasion de la projection d’un documentaire réalisé par l’Algéro-Français Hassane Mezine, et projeté face à un public en majorité composé d’étudiants. L’opus «Frantz Fanon : Hier, Aujourd‘hui» (sorti en septembre 2018) retrace le parcours du psychiatre martiniquais et son impact sur les mouvements de libération. Durant 1H27, le public a eu l’occasion de voir et d’écouter  les témoignages de plusieurs personnes, algériennes et étrangères, ayant connu personnellement Frantz Fanon. Parmi elles l’ancien secrétaire général du FLN  Abdelhamid Mehri (1926-2012) et l’écrivain Mohamed Salah Seddik (né la même année que Frantz Fanon, 1925).

Sartre, la préface et la violence
La relation  entre Frantz Fanon et le philosophe français Jean Paul Sartre a été un des sujets abordé dans le documentaire et également dans le débat avec le réalisateur qui a suivi la projection. Dans l’opus, un des témoins martiniquais, questionné par Hassane Mezine, avait tenu à «innocenter» Frantz Fanon d’un statut que certains lui ont donné, celui d’«apôtre» de la violence. «On lui attribue la phrase «un bon colon est un colon mort», tirée de son livre «les Damnés de la terre», alors que c’était  dans la préface dont l’auteur était Jean-Paul Sartre». Hassane Mezine  est revenu après sur ce lien entre l’auteur de «Huis Clos» et le psychiatre. Le réalisateur a rappelé que la femme de Frantz Fanon avait demandé à l’éditeur du fameux «les Damnés de la terre», en l’occurrence Maspéro, de retirer la préface du philosophe français dès 1967. «C’était pour les positions pro-sionistes de Sartre à l’époque». Une manière pour elle de respecter Frantz Fanon qui a toujours soutenu les causes des peuples opprimés.
Sorti en 2018, le documentaire n’a été projeté qu’une seule fois en Algérie. C’était en septembre dernier, durant les Journées cinématographiques de Béjaïa.
Il était ainsi très attendu lors du Festival international du cinéma engagé d’Alger, qui s’est déroulé quelques semaines après. Un événement propice pour accueillir une œuvre cinématographique sur celui qui est considéré comme l’auteur ayant le plus influencé les luttes anticoloniales du XXe siècle. Mais, finalement, pas de Frantz Fanon au Fica ! L’occasion a été donnée à Hassane Mezine de revenir sur cet épisode.
Il a ainsi affirmé que le documentaire avait été effectivement présélectionné «mais on m’a informé après qu’ils avaient déjà fait leur sélection», avant d’ajouter : «ça a été leur choix et je le respecte. Ce n’est pas grave.»
Vraisemblablement le réalisateur voulait éviter une éventuelle polémique. 
D’ailleurs, une autre projection de son documentaire est prévue pour samedi prochain à la Cinémathèque d’Alger.