L’ensemble Safar (Orchestre de jeunes musiciens de musique andalouse d’Algérie) se produira, sous la direction artistique de Khalil Baba Ahmed, ce soir à 20h30 à la salle Ibn Khaldoun. Il présentera le spectacle « Mon étoile », un voyage dans l’Algérie et ses musiques, avec plusieurs haltes. Né à la faveur d’une masterclass organisée lors du dernier Festival international de musique andalouse et des musiques anciennes d’Alger, cet ensemble regroupe une quarantaine de musiciens en provenance de plusieurs régions d’Algérie. Dans cet entretien, le chef d’orchestre Khalil Baba Ahmed revient sur la mise en place de ce projet et sur le spectacle de ce soir.

Reporters : L’ensemble Safar, un orchestre composé d’une quarantaine de jeunes musiciens de musique andalouse de plusieurs villes d’Algérie, est né à la suite d’une masterclass organisée lors du dernier Festivalgerie. Pourriez-vous revenir sur la naissance de ce projet ?
Khalil Baba Ahmed : C’est suite à la volonté des jeunes musiciens de se retrouver encore et de rejouer ensemble. Qui dit masterclass, dit formation, perfectionnement, découverte, apprentissage… Mais au-delà de tous les aspects techniques, la dynamique et la forte expérience musicale et humaine vécue durant la dernière masterclass organisée en marge du Festivalgerie 2018 a permis aux jeunes de construire une nouvelle vision dans leur relation à la musique, dans son sens le plus large, de comprendre que c’est un outil d’expression universel, quelle que soit la nature du répertoire ou de la pièce musicale à interpréter. Cette expérience leur a appris également à dépasser le stade de la simple exécution et d’arriver, à partir de l’immatérielle, à proposer à eux-mêmes d’abord et aux auditeurs/publics ensuite, un moment d’émotion, riche en saveurs et couleurs. C’est ainsi qu’une forte relation d’amitié s’est installée entre les participants à la masterclass, qui se sont rapidement organisés pour réfléchir sur la possibilité de créer un ensemble ou orchestre, d’envergure nationale, ouvert au jeunes musiciens de formation traditionnelle ou autre. Un orchestre qui proposera aux public de nouvelles expériences scéniques et musicales. Le hasard des circonstances a fait que juste après le festival, les responsables de l’établissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger, séduits par la prestation des jeunes à l’Opéra d’Alger, m’ont contacté pour une éventuelle programmation de l’orchestre de la masterclass, pour animer un concert à la salle Ibn Khaldoun. Cela a encore renforcé la conviction et la volonté des jeunes pour mettre sur pied ce projet d’ensemble national des jeunes musiciens de musique andalouse, et c’est sous la dénomination de « l’ensemble Safar » qu’ils vont se produire ce jeudi 7 février.

Qu’est-ce qui a inspiré le nom de l’ensemble : « Safar » ?

« Safar » pour briser les frontières et les barrières ; « Safar » pour voyager avec sa musique ; « Safar » pour faire de chaque expérience une nouvelle découverte ; « Safar » pour vivre la musique et la ressentir… Mais aussi et pour la simple raison que « Safar » fait voyager – d’un peu partout – la plupart de ses musiciens pour converger vers leurs lieux de rencontres.

Qu’est-ce qui a motivé la pérennisation de cet orchestre ?

Pour ne pas me répéter, j’aborderais deux axes. Le premier est l’axe technique : la méthodologie, en effet, est complètement nouvelle, sur tous les plans, l’exécution musicale obéit aux règles d’orchestration, l’introduction de la notion de sections d’instruments, de la polyphonie et de l’harmonie, du solfège… Le travail avec le chef d’orchestre est également différent de celui pratiqué dans les milieux traditionnels. C’est à la fois un travail qui s’appuie sur l’oreille mais qui, en même temps, doit répondre à certaines règles d’exécution universelles. Tout cela ouvre aux jeunes des possibilités considérables pour se perfectionner et améliorer leurs technicités et leur culture et connaissances musicales de manière générale. Le deuxième axe est celui du message que renvoie ce rassemblement. Un message de paix et d’amour, un message d’union et d’espoir autour d’une jeunesse fière de son héritage culturel et de son appartenance identitaire.

Vous allez présenter ce jeudi le spectacle « Mon étoile », qui a inspiré une œuvre picturale à Amine Ben Moussa. Comment s’est porté votre choix sur cette œuvre ? Et, comment avez-vous travaillé sur ce spectacle ?

L’oeuvre d’Amine est née suite à sa lecture de l’histoire de Nedjma. Il s’en est inspiré pour nous gratifier du beau dessin qui est sur l’affiche du spectacle. Pour ce qui est de la genèse de « Mon étoile », après confirmation de la programmation, je me suis posé la question suivante : serait-il intéressant de faire un simple concert, un programme de routine et s’en tenir qu’à cela ou bien serait-il plus judicieux de penser à produire quelque chose de plus complexe ? C’était un défi à oser ! Naturellement, connaissant le potentiel que j’avais dans cette formation des jeunes, j’ai décidé donc d’aller vers la complexité. La démarche était de mettre en place une cellule qui se chargera de la production et de la mise en forme du projet de spectacle, dans l’optique que cette opération soit encore un autre exercice de création artistique. J’ai choisi ce personnage de Nedjma, fruit de mon imagination et j’ai présenté une esquisse de l’idée. Les jeunes se sont chargés de rédiger un véritable scénario, une histoire inspirée du vécu et qui répond, en même temps, aux besoins impératifs de la scène. C’est ainsi que « Mon étoile » est née. Le groupe, finalement, regorge de talents. Je découvre des voix magnifiques, des talents d’écriture littéraire, de poésie, de narration, et même de gestion des ressources humaines ! Je ne regrette pas mon choix. Bien au contraire. Je suis fier de pouvoir amener tous ces jeunes à un tel niveau de création artistique. Le plus dur reste à faire durant les répétitions, mais je fais confiance à cette équipe merveilleuse de l’ensemble Safar.

« Mon étoile » raconte le voyage de Nedjma en Algérie et dans ses musiques. Dans ce spectacle en quatre parties, quels sont les titres qui seront interprétés ? De quelle manière sera mis en scène ce spectacle ?

Tout le spectacle va s’articuler autour de l’histoire de Nedjma, qui sera narrée en arabe dialectal algérois, dans une forme poétique, entrecoupée par des interventions instrumentales et chantées, suivant différentes haltes. Une projection accompagnera le show pour donner plus de sens. Quant au répertoire, sans dévoiler trop de détails afin de préserver la surprise, il va s’articuler autour de très belles pièces de musique andalouse, Madih Soufi, Malouf, Chaâbi, Kabyle, et une oeuvre composée (originale), le tout intégré suivant une progression logique.

Comment travaillerez-vous à l’avenir dans le cadre de l’ensemble Safar ?

L’ensemble Safar est encore au stade de projet. Pour l’instant, il ne représente qu’un collectif de jeunes musiciens d’Algérie. Toutefois, à travers ce spectacle, qui sera peut-être reproduit encore dans les mois à venir, il sera possible de relever quelques orientations majeures par rapport aux types d’activités et produits que proposera cet ensemble. Bien évidemment, il sera toujours question de formations et de résidences artistiques, d’autant qu’il s’agit de musiciens issus de formations traditionnelles, et l’apport de la théorie ne sera que bénéfique. Un avant-projet est, par ailleurs, déjà déposé auprès du ministère de la Culture.

« Mon étoile » ou le voyage de Nedjma
Nedjma est née à Tlemcen. Proche de son grand-père qui lui transmet son savoir musical et culturel, Nedjma grandit et quitte les siens pour sillonner le pays (de Constantine à Alger, en passant par la Kabylie), et ce, pour approfondir son savoir et vivre des expériences (sonores, sensorielles, humaines) qui transformeront sa conception du monde et de la musique. C’est cette histoire et la déambulation de Nedjma qui sera narrée dans le spectacle « Mon étoile », prévu ce soir à 20h30 à la salle Ibn Khaldoun (de l’établissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger). Des musiciens de musique andalouse (de Constantine, Alger, Sidi Bel-Abbès, Blida, Cherchell, Tipaza, Mostaganem, Tlemcen, Skikda) se produiront sous la direction du chef d’orchestre Khalil Baba Ahmed ; et relateront, en musique à travers ce spectacle, l’histoire de Nedjma, «messagère d’espoir, de partage, d’amour de l’autre et de passion pour notre patrimoine culturel national dans toutes ses couleurs exprimant la richesse de notre belle Algérie».
R. C.