«Dans de nombreuses wilayas, certains aspects et non des moindres du Plan national du cancer (PNC) n’ont pas connu d’application, voire même été ignorés pour cause de la non-implication des autorités locales, à leur tête le wali et le directeur de la santé et de la population (DSP), alors que le PNC, instauré par décret présidentiel en 2011, est une priorité nationale», déplore le professeur Kamel Bouzid.

S’exprimant lors de son passage hier au forum d’El Moudjahid, il s’est refusé à citer les wilayas mises en cause, «elles se reconnaîtront d’elles-mêmes», a lâché le chef de service du CPMC et président de la Société algérienne d’oncologie médicale. Et de considérer avec force conviction : «Si le PNC n’a pas marché dans ces wilayas c’est parce que les autorités locales ont rechigné à appliquer le plan du président de la République. Plus crûment, selon le professeur, «le PNC n’a pas marché dans ces wilayas c’est par la faute du wali et du DSP qui ne se sont pas investis dans une priorité nationale définie par le président de la République et adoptée en Conseil des ministres. «Pourquoi ? Je ne saurai y répondre sinon d’apprendre que l’on conseille les personnes atteintes d’un cancer dans ces wilayas d’aller se «soigner en France» tout bonnement et simplement sans aucun état d’âme», s’est offusqué le Professeur. «Du coup, il me semble qu’il y a un problème d’incompréhension sur l’intérêt d’aller vite, c’est-à-dire la mise en œuvre du PNC», a estimé l’invité du Forum. Autre point soulevé par le Professeur, le financement du PNC qui, selon lui, reste marqué de paradoxes. En effet, il dira : «Le Fonds national du cancer est défini légalement en 2013, réactualisé en novembre 2017 et alimenté par des taxes sur les sodas, cigarettes, alcools et la téléphonie mobile. «Cependant, ce fonds continue d’être non exploité ou, du moins, de façon très insignifiante alors que les textes relatifs à son exploitation sont clairs et ne souffrent d’aucune ambiguïté», s’est étonné le patron du CPMC. Rappelant dans la foulée que le fonds est destiné en priorité à quatre ou trois axes du PNC, (il en contient huit au total), à savoir la prévention, le dépistage, à l’achat des réactifs et à la maintenance des appareils». Et d’ajouter dans ce sens sur un ton très interrogatif : «Chaque année, l’argent non exploité est remis au Trésor alors que les besoins de financement sont évidents.» «Un paradoxe dont nous avons fait part à chacun des derniers ministres du secteur et à l’actuel», a précisé le professeur Kamel Bouzid. Troisième point abordé par le Professeur, relatif au remboursement des médicaments spécifiques au traitement du cancer. Il s’est dit tout à fait étonné que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, et cela pas plus tard que dimanche dernier, disait que la sécurité sociale a remboursé, en 2018, près de 4 000 médicaments dont les anticancéreux. «Mais ce ne sont en vérité que six classes de médicaments anticancéreux. De plus, je dirais que le remboursement est le rôle de la sécurité sociale, alors pourquoi autant de satisfecits comme si cela était une prouesse d’avoir des médicaments qui, en fait, a pu se faire grâce à la cotisation des salariés. Il n’y a rien à s’enorgueillir de tels résultats, car ce que nous demandons c’est que les malades soient remboursés lorsqu’ils prennent du Tera ou des injections et autres qu’ils leur sont nécessaires et utiles. Alors qu’ils arrêtent de nous dire que nous avons remboursé pour l’équivalent de 280 milliards de dinars», s’est-il offusqué. Le professeur, toujours à propos du rôle de la sécurité sociale, souhaite que la consultation pour diagnostic en service d’oncologie soit remboursée, donnant en exemple les tarifs élevés pratiqués par les cliniques privées et qui sont largement au-dessus des patients. Selon lui, les examens effectués à l’extérieur coûtent au minimum 600 000 dinars avec pour finalité, le patient se retrouve au niveau d’un CHU. «Ce n’est plus possible», a tranché le professeur. Concernant les nouveaux centres anticancer, il dira : «Si quelques-uns commencent à donner des résultats d’autres peinent à entrer en fonction pour des raisons multiples, entre autres un manque de personnels spécialisés. Et de commenter : «Un état des lieux, dont les autorités locales sont entièrement responsables faute d’assurer aux personnels venus d’autres régions des logements tout simplement. Et du coup, c’est toute la politique des affectations qu’il faut revoir pour éviter que des centres, qui ont coûté des millions de dollars, n’arrivent toujours pas à accueillir les cancéreux. Pis encore, du matériel reste en souffrance faute de ne pas être installé, comme c’est le cas du centre de Laghouat où le matériel réceptionné est toujours sous emballage depuis dix ans. Ce qui est vraiment regrettable». Le professeur s’est enfin prononcé sur le prochain PNC (2020 -2024). Et à ce sujet, il a indiqué que le nouveau plan sera élaboré sur la base des lacunes enregistrées lors du 1er plan. «Le comité de mise en application va entamer son travail pour peaufiner le second plan», a fait savoir l’invité du Forum. Et de terminer sur deux informations optimistes. «Les pouvoirs publics envisagent de mettre en place un accélérateur pour 500 000 habitants, ce qui correspond à l’exigence des normes de l’OMC. Et le secteur de la santé est en mesure de guérir tous les types de cancer sauf celui de la moelle épinière des enfants de moins de quatre ans».<