Le club des cinéphiles de l’association du fort de Cherchell se sont souvenus de la défunte écrivaine Assia Djebar dont on vient de célébrer le quatrième anniversaire de son décès en organisant une rencontre, samedi dernier, sur son film « La nouba des femmes du mont Chenoua » au niveau de  la salle de conférences du centre de formation professionnelle de la ville.

Les animateurs de ce club ont tenu, ainsi, à leur manière, à rendre hommage à cette grande dame de la littérature universelle qui, depuis son enterrement au niveau du cimetière de Cherchell, a été complètement oubliée. Alors, avec l’initiative des ces jeunes universitaires de l’association Belombra devenue association des amis du fort de Cherchell, ce n’est que justice rendue à une femme du cru qui, en plus de la littérature, a touché au cinéma ce qui lui avait valu de nombreux déboires car ses collègues masculins ont été cruels avec elle à la sortie du film, selon le témoignage du spécialiste du cinéma Ahmed Bedjaoui, un ami et témoin de ces années de braise. La projection du film a été suivie d’une conférence animée par l’enseignante en anthropologie Latifa Lafer de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou en présence du cameraman Ahmed Mahroug qui a fait partie de l’équipe lors du tournage du film. Le film de 115 mn, tourné au printemps 1976, dans le petit village du Chenoua qui surplombe le mont éponyme, raconte l’histoire de Lila, une femme architecte de trente ans qui vient de rentrer au bled, dans ses montagnes natales du Chenoua après quinze ans d’absence, en compagnie de sa fille et de son mari handicapé suite à un accident. L’histoire se déroule autour d’un groupe de femmes qui se souviennent de la guerre de Libération nationale et de nombreux faits qu’elles égrènent. Peu à peu, au fil du déroulement du film, leurs souvenirs viennent se télescoper et heurter le présent un peu trop figé à leur goût. «La Nouba des femmes du mont Chenoua» est le premier film de l’écrivaine qui met, donc, en scène des femmes entre fiction, images documentaires et incursions littéraires et documentaires où la réalisatrice effectue un va-et-vient incessant entre mémoire, histoire et présent, nourri de la musique de Béla Bartok (1881-1945) qui séjourna en Algérie entre 1906 et 1913 afin d’y étudier la musique populaire.
Ce film est dédié, en même temps, à Lla Zoulikha (Yamina Oudei), une héroïne de la guerre de Libération et unique femme à avoir dirigé un maquis dans la région de Cherchell après le décès de son mari et à laquelle Assia Djebar consacrera, en 2002, un roman intitulé «La Femme sans sépulture ».n